JP Besset « Ecologie politique : le rassemblement jusqu’où ? »

Les invités de Mediapart, Jean-Paul Besset, 5 décembre 2008

Ecologie politique : le rassemblement jusqu’où ?

 «La question sociale a longtemps mis en selle la social-démocratie. La question de la nature met aujourd’hui en scène les écologistes», estime Jean-Paul Besset, membre fondateur d’Europe Ecologie, rassemblement de mouvements écologistes en vue notamment des élections européennes de 2009. Et «si les astres électoraux sont favorables», au delà: «élargissement ou refondation d’un parti de l’écologie politique, mouvement populaire et citoyen, parti-mouvement, “écologisation” des grands partis ?»

En apparence, la différence est flagrante: d’un coté on voit un Parti socialiste qui se déchire à belles dents, de l’autre on assiste à un rassemblement des écologistes qui additionnent leurs différences pour engager une dynamique politique. Surprenant paradoxe ! Le parti de gouvernement est saisi de frénésie suicidaire tandis que les trublions imprévisibles et passablement narcissiques font assaut de raison et de responsabilité (jusqu’au parti des Verts, partie prenante et convaincue de ce rassemblement, qui devrait afficher un visage apaisé et uni à son congrès… C’est dire!).

Donc, au moment où les socialistes entretiennent ad nauseam leurs plaies, exacerbant leurs différenciations internes (sur des questions aussi décisives que le niveau de cotisation), les écologistes travaillent à dresser des passerelles en direction de la société au sein de leur nouveau mouvement, Europe Ecologie. Deux attitudes différentes, deux signaux divergents.

Contraste d’image, affaire de circonstances, que des événements aléatoires et imprévisibles — surtout en politique — se chargeront vite de modifier? Peut être que non cette fois. Car, de notre point de vue, il y a une explication de fond à ce double mouvement sur les formes; la forme qui n’est souvent que le fond qui remonte.

Si les socialistes sont aspirés dans un tunnel sans issue, où la détestation et les rivalités tiennent lieu désormais d’identité, c’est parce qu’ils n’ont plus rien à dire sur les enjeux de l’époque. Depuis deux siècles, cahin-caha, le projet social démocrate a accompagné le progrès de l’humanité. Aujourd’hui, il est mort. Confronté à l’ébranlement colossal et inédit que la conjonction des crises actuelles annonce, il se découvre pétrifié. On peut le comprendre. Voici qu’en quelques courtes années nous passons sans transition du temps de l’abondance garantie, celui de la croissance, du développement et du progrès infini, à celui de la rareté des ressources élémentaires, de la rupture des équilibres naturels et de l’extension de la précarité sociale. Et voila que la question de la répartition des richesses produites — question identitaire du socialisme — se trouve devoir être réexaminée à l’aune de nouveaux critères, dont la sobriété n’est pas le moindre.

La trajectoire rectiligne de l’insouciance progressiste vient soudainement se briser sur l’imaginaire de la catastrophe planétaire. Lire la suite

Bx le 9 février « La préhistoire : les plantes et l’alimentation »

Myriam Reffay Figarède présentera une conférence dans le cadre de l’Université du Temps Libre Bordeaux-CUB

« La préhistoire : les plantes et l’alimentation »

le Lundi 9 février 2009 à 15 heures

à l’Athénée Municipal, Place Saint-Christoly à Bordeaux

Que vaut le bio des grandes surfaces ?

Le Figaro, Jean-Bernard Litzler, le 5 décembre 2008

Que vaut le bio des grandes surfaces ?

Les hypers sont-ils le fer de lance de la démocratisation du bio ? Ou au contraire le signe d’une dégradation de la filière ? Réponse en cinq points. 

• Les produits sont-ils vraiment bio ?

Oui. Avec la généralisation des produits bio jusque dans les enseignes de hard discount, le doute s’instaure. S’agirait-il d’un bio au rabais, voire d’un faux bio ? Aucune crainte. Pour être certifié bio, tout produit doit être soumis au moins une fois par an à un contrôle (sur rendez-vous) de l’un des six organismes certificateurs français (EcoCert, Qualité France…). À cela peuvent s’ajouter des contrôles inopinés et la vigilance de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). L’organisme, qui s’attache notamment à assurer la loyauté des appellations, a rarement pris le bio en défaut. Depuis vingt-trois ans, la marque AB, créée et gérée par le ministère de l’Agriculture, a prouvé son sérieux. «Les accidents sont très rares, ce qui contribue à la solidité de la marque», souligne Élisabeth Mercier, directrice de l’Agence Bio, chargée de la promotion des produits bio.

Mais malgré leur sérieux, les labels AB ou l’européen Agriculture biologique, quasiment seuls présents en grandes surfaces, ne satisfont pas tous les consommateurs. Les amateurs de bio les plus convaincus estiment que ces appellations ne sont plus assez restrictives aujourd’hui. Les produits portant cette mention peuvent par exemple contenir jusqu’à 4,99 % d’ingrédients non biologiques et la présence accidentelle d’OGM est autorisée à hauteur de 0,9 %. D’où le choix des puristes de privilégier des labels privés (Demeter, Nature & Progrès…) intégrant des exigences plus sévères.

• Affichent-ils les meilleurs prix ?

Souvent. Si 37 % des Français estiment normal de payer plus cher des produits bio (sondage CSA/Agence bio), le prix reste un frein majeur au développement de l’agriculture biologique. Or, la force de frappe des grandes surfaces, c’est justement de proposer des marques de distributeurs bio à des prix très proches de ceux des produits conventionnels de qualité. Ce n’est donc pas un hasard si près des trois quarts des acheteurs de produits bio se fournissent en super et hypermarchés.

Malgré cette prédominance, les autres modes de distribution tirent plutôt bien leur épingle du jeu Lire la suite

Le monde a besoin d’alternatives et pas seulement de régulations

Mondialisation.ca, Michel Collon info , François Houtart, le 4 décembre 2008

Le monde a besoin d’alternatives et pas seulement de régulations

Assemblée générale des Nations Unies

Le 31 octobre dernier, notre ami le chanoine François Houtart a été invité à présenter ses vues sur la crise financière en cours à l’assemblée générale de l’ONU. Les dirigeants du monde capitaliste l’écouteront-ils ? Voici en tout cas le texte de son discours qu’il nous a communiqué…

Mesdames et Messieurs les Délégués, Chers Amis,

Le monde a besoin d’alternatives et pas seulement de régulations. Il ne suffit pas de réaménager un système, il s’agit de le transformer. C’est un devoir moral et pour le comprendre, adopter le point de vue des victimes permet à la fois de faire un constat et d’exprimer une conviction ; le constat que l’ensemble des crises, financière, alimentaire, énergétique, hydrique, climatique, sociale, relèvent d’une cause commune, et la conviction que nous pouvons transformer le cours de l’histoire.

Le constat

Quand 850 millions d’êtres humains vivent sous la barre de la pauvreté et que leur nombre augmente, quand chaque vingt quatre heure, des dizaines de milliers de gens meurent de faim, quand disparaissent jour après jour des ethnies, des modes de vie, des cultures, mettant en péril le patrimoine de l’humanité, quand le climat se détériore et que l’on se demande s’il vaut encore la peine de vivre à la Nouvelle Orléans, au Sahel, dans les Iles du Pacifique, en Asie centrale ou en bordure des océans, on ne peut se contenter seulement de parler de crise financière.

Déjà les conséquences sociales de cette dernière sont ressenties bien au delà des frontières de sa propre origine : chômage, chèreté de la vie, exclusion des plus pauvres, vulnérabilité des classes moyennes et allongement dans le temps de la liste des victimes. Soyons clairs, il ne s’agit pas seulement d’un accident de parcours ou d’abus commis par quelques acteurs économiques qu’il faudra sanctionner, nous sommes confrontés à une logique qui parcourt toute l’histoire économique des deux derniers siècles. De crises en régulations, de dérégulations en crises, le déroulement des faits répond toujours à la pression des taux de profit : en hausse on dérégule, en baisse on régule, mais toujours en faveur de l’accumulation du capital, elle-même définie comme le moteur de la croissance. Ce que l’on vit aujourd’hui n’est donc pas nouveau. Ce n’est pas la première crise du système financier et certains disent que ce ne sera pas la dernière. Lire la suite

Du bon usage du spectre de la crise

actionconsommation.org, Yann Fiévet, 4 décembre 2008

Du bon usage du spectre de la crise

Il paraît que la crise est enfin là. Il n’est rien de plus faux que cette apparente vérité dévoilée par les multiples conséquences de la crise financière sur l’économie réelle. En fait, la crise est là depuis longtemps et dans des dimensions qui dépassent de loin le strict cadre de l’économique. Elle ne nous a jamais quittés depuis le premier choc pétrolier de 1973. Les crises – écologique, économique, sociale et politique – ont précédé la crise financière qui en révèle à grande échelle toutes les attentes prévisibles si longtemps dissimulées au plus grand nombre. L’aggravation de la crise frappe un peu plus ceux qui étaient déjà frappés ; elle frappe désormais aussi les franges inférieures des classes moyennes. C’est probablement ce dernier fait qui décuple l’inquiétude d’une société qui s’est habituée depuis longtemps à la « nouvelle pauvreté » au point de ne jamais la regarder en face.

Le spectre de la crise est terrifiant. Il est probable que tout à la fois les citoyens ordinaires et leurs « représentants » politiques éclairés ne mesurent pas la démesure de ce spectre aux contours certes mouvants. Cependant, cela n’empêche pas les pouvoirs, économiques et politiques, de se servir abondamment de ce spectre menaçant aux fins de prolonger par un acharnement thérapeutique indécent, la triste réalité d’un système à bout de souffle. Il existe pourtant un autre usage potentiel de la menace : profiter de la gravité insondable de la crise systémique pour vite inventer les formes et les principes d’une autre réalité, plus douce aux hommes et aux écosystèmes dont ils dépendent. Deux voies s’opposent qui sont donc inconciliables. Tenter de les concilier nous fait perdre un temps précieux et peut-être irrattrapable demain.

L’imagination n’est vraiment pas au pouvoir. Il paraît que nous allons sortir du gouffre dans lequel nous plonge la crise par la relance de la consommation. La consommation responsable ? Nenni ! La consommation telle qu’en elle-même, telle que le consommationnisme échevelé l’a modelé au nom du mythe de la Croissance illimitée. Le bon diagnostic n’étant pas établi, les remèdes prescrits vont exacerber le mal. De plus, les remèdes sont risibles ou plutôt sont tristes à pleurer. Lire la suite