Obama : moins de 100 mois pour sauver la planète

Source et date ?

Obama promet le retour des Etats-Unis dans la lutte contre les changements climatiques

« A dire vrai, je ne pense pas que le changement climatique ne soit qu’un sujet qu’il convient de soulever opportunément pendant une campagne. Je crois que c’est l’un des plus grands défis moraux de notre génération ». Barack Obama

La victoire de Barack Obama est une bonne nouvelle pour le climat. Pas seulement parce qu’elle met fin à huit années d’obscurantisme de l’administration Bush, huit années d’une diplomatie climatique visant d’abord à lutter contre tout accord international contraignant. Pas seulement non plus parce qu’elle permet d’éviter une administration Mc Cain, qui certes proposait une réduction de 60% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 mais fondait sa politique énergétique sur des énergies incompatibles avec un tel objectif : un développement sans précédent des forages pétroliers off shore et la construction de 45 centrales nucléaires pour un coût minimum de 315 milliards de dollars.

Le programme climatique et énergétique du candidat Obama est ambitieux. Il comprend d’abord un retour des Etats-Unis dans la négociation onusienne sur un accord international contraignant, avec un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre compatible avec les recommandations de la communauté scientifique réunie au sein du GIEC, à savoir 80% d’ici 2050 par rapport au niveau de 1990. Le programme d’Obama met également la priorité sur l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables, avec un investissement de 150 milliards de dollars sur 10 ans sur les énergies propres et la création de 5 millions de nouveaux emplois verts dans ces secteurs.

Enfin, la possibilité qu’Al Gore devienne l’ambassadeur des Etats-Unis sur le climat ouvre de belles perspectives. Ses convictions et son ambition dans ce domaine sont incontestables et incontestées. C’est aussi Al Gore qui, en tant que vice-président des Etats-Unis, contribua à ce que l’énergie nucléaire soit rejetée comme solution à la crise climatique dans le protocole de Kyoto. C’est une qualité au moment où la France tente de nouveau d’imposer le nucléaire dans les mécanismes de Kyoto. Conséquence non négligeable : au sein du G8, le club du nucléaire partout, pour tous et n’importe comment (Bush-Sarkozy-Poutine-Berlusconi) perd l’un de ses membres les plus actifs.

Toutefois, le plan climat-énergie du candidat Obama comprend aussi de sérieuses zones d’ombre : l’absence d’objectif de réduction des émissions de GES à l’horizon 2020 (essentiel dans la négociation d’un accord Kyoto II) ; l’absence de référence explicite au protocole de Kyoto ; et un soutien maintenu à la production d’agro-carburants à base d’éthanol (y compris de maïs) dont son Etat d’origine, l’Illinois, est fortement producteur. Il reste néanmoins prometteur, dans un contexte financier certes difficile, mais dans un environnement politique et institutionnel favorable : le sénat et la chambre des représentants sont démocrates (mais un accord congrès Obama est indispensable), la cour suprême promeut une politique climatique ambitieuse, les accords climatiques entre états fédérés se multiplient, l’opinion publique est maintenant consciente des enjeux.

Ce plan est d’autant opportun que la communauté internationale dispose de moins de 100 mois pour inverser la courbe mondiale des émissions de gaz à effet de serre et ainsi éviter un emballement climatique catastrophique. Elle doit pour cela parvenir à un accord à Copenhague fin 2009 sur un accord Kyoto II couvrant la période 2012-2020, avec un objectif minimum de 30% de réduction des GES pour les pays industrialisés. La participation active des Etats-Unis à ces négociations serait une très bonne nouvelle, au moment où, sous présidence française, l’Union européenne peine à conclure un paquet climat-énergie ambitieux. Un leadership conjoint entre l’Europe et les Etats-Unis, capable de convaincre les autres pays, et notamment les pays émergents, serait notre meilleure chance de succès. Parce que la mise en place d’une nouvelle administration prendra plusieurs mois, la participation évoquée de Barack Obama à la conférence de Poznan en décembre 2008 serait un excellent début !!

Morceaux choisis du programme du candidat Obama

1. Restaurer les leadership des Etats-Unis dans la lutte contre le changement climatique

Objectif de long terme de 80% de réduction des émissions de GES par rapport aux niveaux de 1990 d’ici à 2050, avec 100% des quotas mis aux enchères dont les revenus iraient prioritairement au développement des énergies propres, à l’efficacité énergétique ainsi qu’à des programmes de transition, afin d’aider les salariés et les entreprises à s’adapter au développement et à la production de technologies propres.

Se ré-engager dans la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) : Le processus de la CCNUCC est le principal forum international dédié  au problème du climat et l’administration Obama travaillera constructivement en son sein.

En outre, Obama prévoit la mise en place d’un Forum mondial de l’Energie des Principaux Emetteurs, pour compléter le processus de la Convention Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Ce forum inclurait tous les membres du G-8, plus le Brésil, la Chine, l’Inde, le Mexique et l’Afrique du Sud – les plus gros consommateurs d’énergie parmi les pays en développement et les pays développés. Le forum se focalisera exclusivement sur les questions d’énergie globale et d’environnement.

Commentaires

Pas d’objectif de moyen terme de réduction des émissions d’ici 2020.

Pas d’engagement explicite à signer un nouvel accord sur le climat dans le cadre de la Convention Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, même si Obama exprime sa volonté de réengager les Etats-Unis dans la CCNUCC et de « travailler constructivement dans ce cadre ».

Le système de quotas d’émission devrait toucher une grande partie des secteurs économiques, avec 100% de mise aux enchères, ce qui est plus ambitieux que le paquet climat européen actuellement négocié sous présidence française.

Les réunions des Principaux pays émetteurs excluent de fait les pays qui sont le plus touchés par les changements climatiques et viennent concurrencer et donc fragiliser les négociations de la CCNUCC.

2. Investir dans un avenir d’énergie propre

Investir 150 milliards $ sur 10 ans dans les énergies propres : Obama va investir 150 milliards  $ en 10 ans pour promouvoir la prochaine génération de biocarburants et l’infrastructure de ces carburants, accélérer la commercialisation des véhicules hybrides rechargeables, promouvoir le développement des énergies renouvelables à l’échelle commerciale, investir dans des centrales à charbon à faible émission, et commencer la transition vers un nouveau réseau numérique d’électricité. Une des objectifs principaux de ce fonds sera de s’assurer que les technologies développées aux Etats-Unis sont rapidement commercialisées aux Etats-Unis et diffusées à travers le monde.

Doubler les dépenses consacrées à la recherche et au développement dans le secteur de l’énergie : Obama va doubler les dépenses scientifiques et de recherche des projets d’énergie propre, y compris ceux qui utilisent la biomasse et les ressources solaires et éoliennes.

Investir dans une main d’oeuvre qualifiée dans les technologies propres : Obama va utiliser des revenus générés par le système d’échange de quotas d’émission («cap and trade») pour investir dans la formation et les programmes de transition, afin d’aider les salariés et les entreprises à s’adapter au développement et à la production de technologies propres. Obama va également créer une organisation de l’emploi vert («Green Jobs Corps») focalisée sur l’énergie en vue d’aider les jeunes défavorisés à devenir davantage qualifiés et ainsi créer une industrie à croissance élevée.Convertir des centres de fabrication en centres pionniers des technologies propres : Obama va établir un programme fédéral d’investissement qui va aider les unités de production à se moderniser, et qui va donner aux Américains les nouvelles compétences nécessaires pour fabriquer des produits verts.

La création du Fonds commun de placement pour le développement des technologies propres («Clean Technologies Deployment Venture Capital Fund») : Obama va créer ce fonds qui va combler le retard dans le développement de la technologie américaine. Obama va y investir 10 milliards $ par an pendant cinq ans. Le fonds va s’associer avec d’autres fonds d’investissement et avec des laboratoires nationaux pour s’assurer que des technologies prometteuses puissent sortir des laboratoires et se commercialiser aux Etats-Unis.

Exiger 25% d’énergies renouvelables d’ici 2025 : Obama va instituer un « Renewable Portfolio Standard » fédéral (système par lequel le gouvernement définit la quantité d’électricité renouvelable qu’il souhaite voir produite, et laisse le marché en déterminer le prix, NDT) afin d’exiger que 25% de l’électricité consommée aux Etats-Unis provienne de sources d’énergie propres et soutenables, comme le solaire, le vent et la géothermie, d’ici 2025.

Développer et promouvoir une technologie propre du charbon : Obama va significativement augmenter les ressources allouées à la commercialisation et au développement des technologies du charbon pauvre en carbone. Obama envisagera tous les leviers d’action possibles, y compris des normes interdisant la création d’usines à charbon traditionnelles, pour s’assurer que nous passions rapidement à la commercialisation et au développement des technologies du charbon propre. »

Commentaires

Obama soutient un objectif de 25% d’électricité renouvelable d’ici 2025.

Le soutien accordé aux technologies du charbon à faibles émissions de carbone pourrait détourner les efforts des énergies véritablement propres, les énergies renouvelables, et des économies d’énergie.

3. En matière de nucléaire

Moins critique qu’Hillary Clinton vis-à-vis du nucléaire, Obama ne cache pas moins de vraies réserves.

Sur le financement public : «  Je crois que le soutien fédéral à n’importe quelle technologie doit être pesé avec précaution dans le cadre des deux préoccupations fondamentales qui sont la sécurité énergétique et la gestion de l’environnement. Aucune technologie ne constitue la solution parfaite, et aucune technologie ne devrait être rejetée catégoriquement. Je pense en revanche qu’il faut bien mesurer les risques et les avantages d’un soutien fédéral supplémentaire accordé à une technologie en particulier au détriment des autres technologies. »

Pour Obama, aucune nouvelle centrale nucléaire ne doit être construite sans consultation large du public, et sans la prise en compte des enjeux de sûreté des combustibles et des déchets nucléaires, ainsi que la question de la prolifération. A cet égard, Obama appelle les Etats-Unis à renforcer les efforts internationaux pour identifier et arrêter la contrebande d’armes de destruction massive. »

4. Soutenir la prochaine génération de biocarburants

Développer l’éthanol cellulosique : Obama va investir des ressources fédérales, y compris par des encouragements fiscaux, des primes en liquide et des contrats publics, dans le développement des technologies les plus prometteuses, dans le but d’obtenir les 2 premiers milliards de gallons d’éthanol cellulosique dans le système d’ici 2013.

Etendre les raffineries locales de biocarburants : Moins de 10% de la nouvelle production d’éthanol provient aujourd’hui de petites raffineries locales (détenues par des producteurs agricoles). La création de raffineries d’éthanol aide au démarrage rapide d’économies rurales. Obama va créer un certain nombre d’encouragements pour que les communautés locales investissent dans leurs raffineries de biocarburants.

Etablir une norme nationale de carburants pauvres en carbone : Barack Obama va établir une norme nationale de carburants pauvres en carbone afin d’accélérer l’introduction des carburants sans pétrole pauvres en carbone. La norme exigera des fournisseurs de carburant qu’ils réduisent leurs émissions de carbone de 10% d’ici 2020.

Augmenter la part de carburant renouvelable : Obama va exiger que 36 milliards de gallons de carburants renouvelables soient inclus dans la fourniture de carburant d’ici 2022, et va compléter ce montant d’au moins 60 milliards de gallons de biocarburants avancés comme l’éthanol cellulosique d’ici 2030.

Commentaires

Sénateur de l’Illinois, Obama ne revient pas sur la production d’agro-carburants à base d’éthanol de maïs, dont son Etat est grand producteur. Pour rappel, c’est notamment la conversion d’une partie de la production américaine de maïs vers les agro-carburants qui a été responsable de l’envolée mondiale des prix des céréales en début d’année et des émeutes de la faim qui ont suivi. Obama soutient nénamoins explicitement les agro-carburants de seconde génération, y compris l’éthanol cellulosique.

5. Lancer l’Amérique sur la voie de l’indépendance pétrolière

« améliorer l’efficacité énergétique est le moyen le plus rapide, le moins cher et le plus rentable de réduire les emissions de GES »

Le plan d’Obama réduira la consommation de pétrole d’au moins 35%, ou 10 millions de barils par jour, d’ici 2030. Cela va compenser, et aller au-delà, de l’équivalent du pétrole que nous importerions des pays de l’OPEC en 2030.

Augmenter les normes d’économie de carburant : Obama va doubler les exigences d’économie de carburant sur 18 ans. Son programme va fournir des crédits d’impôt de transition et des prêts privilégiés pour les usines automobiles et les fabricants de pièces détachées américains, afin qu’ils puissent construire de nouvelles voitures économes en carburant, plutôt que des compagnies étrangères. Obama va aussi investir dans les technologies automobiles avancées comme les matériaux légers avancés et les nouveaux moteurs.

Améliorer l’efficacité énergétique de 50% d’ici 2030

Fixer des objectifs nationaux d’efficience des bâtiments : Barack Obama va établir l’objectif de rendre tous les nouveaux bâtiments neutres en carbone, ou à zéro émission, d’ici 2030. Il établira aussi un objectif national d’amélioration de l’efficacité des nouveaux bâtiments de 50%, et de 25% pour le bâti existant, sur la prochaine décennie pour nous aider à atteindre l’objectif de 2030.

Etablir un programme de subvention pour les collectivités pionnières : Obama va créer un programme compétitif de subvention pour récompenser les états et les localités qui feront les premiers pas dans la mise en place de nouveaux codes de construction donnant la priorité à l’efficacité énergétique.

Investir dans un réseau d’électricité intelligent et numérique : Obama va poursuivre un investissement majeur dans notre réseau de distribution d’électricité pour permettre une formidable augmentation de la production renouvelable et réaliser l’adaptation aux exigences énergétiques modernes, comme la fiabilité, les compteurs intelligents, et la répartition de stockage. »

Commentaires :

L’objectif d’efficacité dans le bâtiment est compatible avec un scénario facteur 4 en 2050. Il n’en est pas de même sur le transport.

Enfin, l’objectif louable de sécurité énergétique impliquera de tenir tête aux compagnies pétrolières très puissantes aux Etats-Unis. Celles-ci ont dépensé des millions de dollars en lobbying et contributions politiques. Si Obama n’en a pas été le premier bénéficiaire, il a tout de même accepté $345,150 de contributions de l’industrie pétrolière pour sa campagne.

6. En matière de coopération internationale :

« Obama reconnaît également que les CC vont aggraver les famines et les sécheresses, et que les US doivent fournir une aide à l’adaptation des pays en voie de développement.

La position d’Obama inclut des engagements spécifiques pour réduire la déforestation des forêts tropicales et pour fournir une aide aux projets d’adaptation pour les pays en développement.

Obama soutient le transfert de « technologies qui ne nuisent pas au climat vers les pays en développement, comme les bâtiments écologiques, le charbon propre et les automobiles de pointe ».

Commentaire :

Les technologies liées au charbon ne doivent pas être considérées comme des technologies propres et ne devraient pas être mises à place, à l’étranger ou au niveau national.

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