Obama : l’horizon des négociations sur le climat se dégage

Le monde, propos recueillis par Laurence Caramel, le 14 novembre 2008

Jared Diamond, professeur de géographie à l’université de Californie à Los Angeles

« Avec Barack Obama, l’horizon des négociations sur le climat se dégage »

Jared Diamond était de passage à Paris, mercredi 12 novembre, à l’occasion d’un colloque organisé par l’Agence française de développement (AFD) et le Réseau européen de recherche sur le développement (EUDN) sur le thème « population et ressources naturelles ». Cet Américain de 71 ans a acquis une notoriété planétaire grâce à ses travaux sur le destin des sociétés.

A la fin des années 1980, il a décidé de se consacrer, « modestement » dit-il, « à l’histoire des hommes, sur tous les continents, au cours des 13 000 dernières années ». En 1998, son essai De l’inégalité des sociétés a été couronné par le prix Pulitzer. Son dernier ouvrage, Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie (Gallimard, 2005), constitue une des sommes les plus riches sur le sujet. Nos sociétés, confrontées à une crise écologique de grande ampleur, feront-elles preuve du même aveuglement que certaines civilisations disparues ? Devant cette question, Jared Diamond revendique un « optimisme prudent« .

La victoire de Barack Obama à l’élection présidentielle aux Etats-Unis modifie-t-elle votre perception de la société américaine, de sa capacité à évoluer ?

Oui. Cette victoire montre que la nécessité du changement est désormais partagée par une majorité d’Américains. Cette évolution est claire à propos du réchauffement climatique. Il y a deux ans, beaucoup doutaient encore de sa réalité. Ce n’est plus le cas. De nombreuses initiatives locales sont en cours. Une majorité d’Etats ont commencé à agir. Avec Barack Obama, l’horizon des négociations internationales (sur le climat) se dégage. C’est un politicien avisé. Il ira aussi loin que la population et le Congrès pourront le suivre. Un accord d’ici au sommet de Copenhague (sur l’après-protocole de Kyoto), en décembre 2009, me paraît moins hors de portée.

Vous jugez crucial que l’Amérique revisite ses valeurs fondatrices. Pourquoi ?

L’Amérique doit s’interroger sur « le mode de vie américain ». Plusieurs des valeurs sur lesquelles les Etats-Unis ont bâti leur suprématie ne sont plus opérationnelles au XXIe siècle. Parmi elles, il y a le consumérisme. Il n’est plus compatible avec une population de plus de 300 millions d’habitants dans un monde de ressources finies. Cela crée des tensions à l’intérieur de la société américaine et avec le reste du monde. Notre niveau de consommation par habitant est en moyenne 32 fois supérieur à celui d’un pays en développement.

Le salut de la société américaine passe-t-il donc par une remise en cause des standards de consommation ?

Le salut des Etats-Unis et celui du reste du monde, si nous voulons être en mesure de gérer la pénurie annoncée de matières premières. Au rythme actuel, nous savons que les ressources essentielles seront épuisées d’ici à trente ou quarante ans. Les Américains et les pays industrialisés doivent accepter de moins consommer. Ils doivent montrer l’exemple pour briser la course folle qui conduit le monde en développement – Chine, Inde et Brésil en tête – à vouloir rattraper les standards de vie occidentaux. L’idée que le développement serait synonyme de toujours plus de croissance, de toujours plus de consommation, est une idée suicidaire.

La crise financière nous montre qu’il est souvent trop tard quand les gouvernements passent à l’action.

Oui, c’est un danger réel. Les sociétés gaspillent du temps comme nous, individus, attendons le dernier moment pour agir. Mais je reste optimiste, Lire la suite

Denis Baupin : La ligne entre productivistes et écologistes

Médiapart, le 14 novembre 2008, Denis Baupin

La ligne de partage passe entre les productivistes et les écologistes

Faut-il refonder l’écologie politique et si, oui, sur quelles bases?

Oui. Pas en faisant table rase mais en prenant acte du fait que l’organisation actuelle des Verts n’est pas satisfaisante et qu’elle ne permet pas de répondre à l’urgence écologique. Pour cela, il nous faut inventer une organisation politique du XXIe siècle, qui fonctionne en réseau, avec les acteurs politiques, mais aussi avec le mouvement associatif, avec les intellectuels, avec les mouvements syndicaux. Il faut dépasser nos lourdeurs de fonctionnement et mieux occuper l’espace politique de l’écologie que nous avons laissé en déshérence.

Si nous avons fait 1,57% à la présidentielle, si José Bové ou Nicolas Hulot ont pu occuper le terrain de l’écologie, c’est que les Verts n’incarnaient pas l’ensemble de la légitimité écologiste. Donc pour nous, la question du dépassement des Verts est clairement posée. Et cela ne doit pas être un coup politique, sur l’élection européenne, mais une évolution durable.

Le mouvement doit-il rester ancré à gauche ou revenir sur des fondamentaux environnementalistes?

Les Verts n’ont jamais été un parti strictement environnemental. Je suis adhérent depuis 1989 — ce parti n’avait que 5 ans —, mais déjà les Verts étaient pour la régularisation des sans papiers, les 35 heures, etc. Toutes ces questions font partie du bagage de l’écologie politique. Il y a une cohérence à cela : quand on défend l’environnement, c’est qu’on a une vision exigeante de la qualité de vie des terriens, donc qu’on est humaniste. 

La question de notre rapport à la gauche se pose d’un point de vue théorique autant que pratique: nos valeurs sont évidemment plus proches de la gauche que de la droite, et donc nos alliés logiques sont du coté de la gauche. Mais nous avons une approche critique de la gauche, car la grille de lecture des autres partis est restée figée et antérieure à la prise de conscience écologique. Or prendre en compte les impératifs écologiques remet en cause une bonne partie de leur approche.

La gauche défend un développement humain plus équitable, une redistribution des richesses, mais ne la conçoit qu’en augmentant la taille du gâteau. Or, estimer que la croissance va régler tous les problèmes est une idée fausse. Le monde n’est pas infini et déjà l’empreinte écologique moyenne des humains équivaut à 1,3 planète. Cela veut dire que nous consommons plus que nous pouvons produire. Par exemple, face à la crise pétrolière, nos partenaires de gauche proposent de baisser les taxes pour permettre de continuer à surconsommer. Ce que nous apportons à la gauche, c’est une façon de penser un système de redistribution du « gâteau » existant, non seulement entre « pays riches », mais également au niveau planétaire. Lire la suite

Le « Green New Deal », la formule qui monte

Greenunivers, le jeudi 23 octobre 2008

Le « Green New Deal », la formule qui monte

L’ONU, les Verts européens, les économistes britanniques, les éditorialistes influents, influents, les ONG … Tous ne jurent plus que par cette « nouvelle donne verte »,  qui marierait économie et environnement. Une référence au vaste plan de relance gouvernemental mis en place par le président Roosevelt en 1933 pour sortir l’Amérique de la crise de 1929.

C’est d’abord l’éditorialiste et écrivain Thomas Friedman, champion des formules de choc, qui a lancé ces mots dans un édito de son journal, le New York Times, dès janvier 2007.

L’auteur de deux livres successifs qui ont fait un tabac outre-Atlantique, l’un sur la mondialisation en 2006 (The World is Flat – La Terre est plate), le tout dernier  (2008) sur la dégradation de l’état de la planète (Hot, Flat and Crowded – Chaud, plat et surpeuplé) a su résumer en trois mots le désir d’un nouveau rêve, celui d’une économie reconvertie sur des énergies propres, l’Amérique prenant la tête du mouvement.

Thomas Friedman y voit, en effet, au passage un moyen de faire retrouver à son pays un leadership économique et technologique mondial, car il a découvert avec horreur (interview ici) que la multiplication des nouvelles usines de panneaux solaires aux Etats-Unis, par exemple, se fait le plus souvent avec des financements de groupes européens (allemands notamment, comme SolarWorld qui vient d’y ouvrir une des plus grosses usines de cellules solaires au monde), plus en avance technologiquement et qui choisissent l’Amérique tout simplement pour le bas coût de la main d’oeuvre et du dollar faible (à l’époque).

Mais depuis l’expression fait florès bien au delà des Etats-Unis. Elle a en particulier été relancée par un nouveau groupe de pression britannique, le Green New Deal Group, qui réunit la députée du Green Party Caroline Lucas, des économistes et des défenseurs de l’environnement. Ils ont publié en juillet dernier un rapport intitulé Un Green New Deal: des politiques coordonnées pour résoudre la triple crise du crédit, du changement climatique et de la hausse des prix du pétrole » qui a fait beaucoup de bruit.

Nous avons seulement 100 mois pour agir afin d’empêcher les dégâts irréversibles du changement climatique “, selon Andrew Simms, directeur politique de la New Economics Foundation (NEF), un des membres fondateurs du Green New Deal Group. Une allusion aux « 100 jours » du New Deal de Roosevelt.

Le Green New Deal Group préconisait dès ce rapport de juillet une réforme du système financier fondée sur la limitation du risque, la diminution des niches fiscales et l’augmentation de la transparence des entreprises. La régulation de l’inflation et la relance du crédit permettraient des investissements environnementaaux, et à terme, une reconversion totale de la production mondiale d’énergie.

Au niveau européen, la phrase est devenue le slogan de la campagne de Daniel Cohn-Bendit, le député européen Vert, qui espère bien que son parti réunira au moins 10% des voix lors des prochaines élections européennes. Lire la suite