Consensus sur un forum mondial de la biodiversité

Le Monde, Brigitte Perucca, le 14 novembre 2008

Consensus sur un forum mondial de la biodiversité

KUALA LUMPUR ENVOYÉE SPÉCIALE

Ce n’est pas encore un acte de naissance, mais le principe est validé et même inscrit dans l’agenda international : la rencontre internationale qui s’est achevée mercredi 12 novembre à Kuala Lumpur, en Malaisie, a permis d’avancer dans le processus de création d’un groupe intergouvernemental d’experts sur la biodiversité, qui devrait porter le nom d’Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services (IPBES).

La conférence, organisée par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), a réuni les représentants de 96 pays et de nombreux experts. La France, dont la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Valérie Pécresse, est intervenue à l’ouverture des débats, voit « une petite victoire » dans le fait « que le principe soit accepté au niveau intergouvernemental et que les pays donnent mandat (aux Nations unies) pour poursuivre les discussions ».

« TEMPS DE L’ACTION »

Désireuse de montrer que l’engagement de la France dans ce processus – très fort depuis 2005 – reste intact, Valérie Pécresse a insisté sur la nécessité « de passer du temps des prises de conscience » à celui de « l’action ». La ministre s’est dite favorable à un « mécanisme qui bénéficie de toutes les garanties d’indépendance et de transparence de fonctionnement ». Elle a ainsi souhaité que le secrétariat de l’IPBES « soit placé sous les doubles auspices des Nations unies et de l’Unesco ».

Mme Pécresse a également proposé que ce secrétariat soit installé à Paris, dans les locaux du Musée de l’homme dont les travaux de restauration viennent d’être engagés et dont la réouverture est prévue en 2012.

Si une très grande majorité des 96 pays présents se sont montrés favorables à l’émergence d’un organe ayant le pouvoir d’imposer des mesures, quelques-uns et non des moindres, comme le Brésil et la Chine, ont exprimé leurs réticences. Le Brésil, notamment, a rappelé sa préférence pour la Convention pour la diversité biologique, dont les règles sont peu contraignantes. Les Etats-Unis, traditionnellement peu enclins à ce type de dispositifs, ont émis des réserves. Cependant, de l’avis des experts, la délégation américaine semblait surtout dans l’attente d’un positionnement de l’administration Obama.

L’idée d’un organisme bâti sur le modèle du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, le GIEC, couronné par le prix Nobel de la paix, en 2007, près de vingt ans après sa création, et doté de la même ambition que lui, avait été prise en 2005 par Jacques Chirac. Lire la suite

Pierre Rabhi : Agissons comme le colibri

Métro France, le 5 novembre 2008

“Agissons comme le colibri”

Interview de Pierre Rabhi, pionnier de l’agriculture bio et fondateur du Mouvement pour la Terre et l’humanisme.

Depuis 1960, Pierre Rabhi est installé sur sa ferme en Ardèche. » Il vient de publier son Manifeste pour la Terre et l’humanisme, Actes Sud.

Pierre Rabhi pratique l’agriculture bio­logique depuis plus de quarante ans. Il a créé en 1985 le premier centre de formation à l’agroécologie au Burkina Faso. Aujourd’hui, plus de 90 000 paysans pratiquent cette méthode qui permet d’assurer leur indépen­dance alimentaire. Ex-candidat à l’élection présidentielle en 2005, il rebaptise aujour­d’hui son Mouvement pour la Terre et l’humanisme en Colibris.

Quels sont les objectifs de Colibris ?

La société civile est un laboratoire d’expérimentation que ce soit sur des thématiques comme l’eau, l’agriculture, l’énergie ou dans des domaines comme l’éducation. Ces initiatives sont seulement dispersées et n’apparaissent donc pas comme des politiques en acte, des forces en évolution. Le but de Colibris est de créer un carrefour qui connecte tous les réseaux afin de donner à tous, par l’information et notre site Internet, les moyens d’agir.

Pourquoi Colibris ?

Il y a une légende amérindienne qui raconte comment ce petit oiseau, qui ne pèse que quelques grammes, lors d’un feu de forêt faisait des allers-retours à la source d’eau, avec quelques gouttes  dans son bec, pour éteindre l’incendie. Tous les autres animaux de la forêt, attérés, la regardaient brûler et regardaient le colibri s’affairer. Puis le tatou lui dit : « Ce n’est pas avec ces quelques gouttes que tu vas arrêter le feu, colibri ! » Le petit oiseau lui répond : « Je le sais, mais je fais ma part ». Chacun peut faire quelque chose. Si nous sommes nombreux à le faire, ça fait beaucoup. Agissons comme le colibri.

Colibris couvre tous les domaines de l’écologie. Mais dans votre Manifeste pour la Terre et l’Humanisme vous réservez une place de choix à l’agroécologie…

L’agriculture conventionnelle produit et détruit en même temps. La liste des nuisances qu’elle entraîne est longue : pollution des eaux, dégradation des sols, destruction de la biodiversité… de plus la sécurité alimentaire de l’humanité n’est pas assurée et la situation risque de s’empirer à cause de la production d’agrocarburants, de la disparition des abeilles qui assurent 30% de notre alimentation, en plus du facteur non maîtrisable du réchauffement climatique et du risque de destruction des récoltes qu’il entraîne.

Que proposez-vous ?

L’agroécologie vise à permettre aux populations d’assurer leur autonomie et leur sécurité alimentaire, ainsi que la qualité des aliments. Il s’agit de relocaliser la production agricole ainsi que les autres secteurs de l’économie pour réduire les transports et faire en sorte qu’un maximum de citoyens puissent redevenir acteurs de l’économie. Lire la suite

Maïs OGM : baisse de la fertilité chez les souris

Notre planète info, Les Amis de la Terre, le 11 novembre 2008

Maïs OGM : baisse de la fertilité chez les souris

Les résultats d’une étude de nourrissage avec des produits OGM ont été présentés hier dans les locaux de l’Agence autrichienne pour la Santé et la Sécurité Alimentaire. Cette étude menée à la demande du Ministère autrichien de la Santé montre que les souris qui ont été nourries en continu pendant 20 semaines avec une variété de maïs OGM – le NK603xMON810 de Monsanto, autorisé comme aliment pour animaux et humains depuis 2007 – avaient, en comparaison avec un groupe de contrôle, un nombre significativement plus bas de portées et de petits, notamment à partir des troisième et quatrième générations.

Pour Christian Berdot qui suit la campagne OGM pour les Amis de la Terre France, il s’agit d’un avertissement sérieux : « Bien que l’Agence Européenne pour la Sécurité Alimentaire ait toujours certifié que le maïs MON810 ne pose aucun risque, cette étude autrichienne de nourrissage montre des effets physiologiques dus à la nourriture OGM que l’industrie a toujours niés. Les résultats démontrent des effets négatifs sur la fertilité et des modifications des organes. Cette étude est une preuve supplémentaire que la clause de sauvegarde doit être appliquée au maïs MON810. »

L’étude de nourrissage menée sous la direction du professeur de l’Université de Médecine Vétérinaire de Vienne, le Dr Jürgen Zentek montre également que les petits des souris nourries avec le maïs GM avaient un poids significativement moindre. Cette étude multi-générationnelle (les descendants femelles furent accouplés) démontre des modifications des organes après le nourrissage avec le maïs OGM.

Cette étude met d’autre part, une fois de plus en question le sérieux des avis de l’Agence Européenne de Sécurité Alimentaire (AESA ou bien EFSA en anglais). La procédure d’autorisation actuelle avait déclaré cet OGM comme ne présentant aucun danger.

Pour Christian Berdot : « L’AESA laisse passer, sans se poser de questions, les demandes d’autorisation d’OGM. Depuis qu’elle existe, elle a systématiquement donné un avis favorable à tous les dossiers qui lui ont été présentés par les industriels. De toute évidence, l’évaluation des risques par l’AESA est basée, sur des erreurs d’appréciation. Les avis que l’AESA a prononcés, doivent être revus, les autorisations gelées et réexaminées sous ce nouvel éclairage. Quant à l’Agence Européenne de Sécurité Alimentaire, elle même, il est temps de refuser son parti pris pro-industrie (1) et de la réformer en profondeur.» Lire la suite