AIE : Décarboniser l’économie pour éviter la catastrophe

Le Monde, Jean-Michel Bezat, le 7 novembre 2008

L’Agence internationale de l’énergie tire la sonnette d’alarme

Le dernier rapport annuel de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), publié jeudi 6 novembre, n’incite pas à l’optimisme. Entre la hausse inévitable des prix du brut, le déclin accéléré des gisements pétrolifères en exploitation, l’insuffisance des investissements (production, raffinage…) et l’accélération du réchauffement climatique, il est difficile de ne pas voir l’avenir de la planète en noir à la lecture du World Energy Outlook 2008. Au rythme où vont les choses, il faudrait « une décarbonisation majeure de l’économie » pour éviter « des dégâts catastrophiques et irrémédiables » sur le climat. Rien moins qu’une « révolution énergétique ». Faut-il pour autant désespérer ? « Nous sommes à la croisée des chemins (…). Il n’est pas trop tard pour changer de direction », estime Fatih Birol, économiste en chef de l’AIE et maître d’oeuvre du rapport.

Le monde ne manque pas d’or noir. La terre refermerait même 6 500 milliards de barils, calcule l’AIE en comptabilisant les huiles les plus coûteuses et les plus difficiles à extraire et à raffiner.

Mais si l’on ne retient que le pétrole dit « conventionnel », le déclin des gisements s’accélère. Plus vite en mer du Nord et dans les petits réservoirs qu’au Moyen-Orient et dans les gisements géants d’Irak ou d’Arabie saoudite. S’appuyant sur l’analyse de 800 champs dans le monde (y compris les 54 « supergéants » contenant au moins 5 milliards de barils), l’AIE estime leur déclin naturel à 9 % par an une fois atteint leur pic.

Il tombe à 6,7 % en raison des investissements destinés à soutenir la production. Ces taux de déplétion seront respectivement de 10,5 % et 8,6 % en 2030 si l’on n’investit pas davantage. Or la consommation quotidienne passera de 84 à 106 millions de barils en 2030 (hors agrocarburants), même si la part du brut dans l’énergie primaire devait tomber de 34 % à 30 % en raison de la montée du charbon et du gaz.

Si le monde ne manque pas de pétrole, il souffre d’un grave « manque d’investissement » dans ce secteur, s’inquiète l’AIE. Avocat des pays riches de l’Organisation de développement et de coopération économiques (OCDE), l’Agence évalue les besoins à 26 000 milliards de dollars d’ici à 2030, dont 8 400 milliards pour les hydrocarbures et 13 600 milliards pour l’électricité. Dans certains pays, des sommes gigantesques devront être mobilisées seulement pour compenser le déclin des gisements. A cette aune, même les profits des cinq premières compagnies pétrolières internationales (ExxonMobil, Shell, BP, Total, Chevron), qui ont dépassé 50 milliards de dollars au troisième trimestre 2008, semblent modestes.

L’essentiel du brut facile à extraire et en grande quantité se trouve au Moyen-Orient, dont la plupart des Etats adhèrent à l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). L’AIE estime que sa part de la production mondiale passera de 44 % à 51 % en 2030. C’est peu pour une région détenant près des deux tiers des réserves. Et ses experts doutent de leur « volonté de faire ces investissements eux-mêmes ou d’attirer les capitaux étrangers suffisants pour maintenir un rythme nécessaire d’investissements ».

La rareté de la ressource et le coût des investissements se répercuteront sur les prix. « L’ère du pétrole bon marché est révolue« , souligne l’AIE. Lire la suite

Campagne Les amis de la terre : Total aggrave son cas

Les amis de la terre, Gwenael Wasse, le 23 mai 2008

Les amis de la terre lance la campagne Total aggrave son cas

Montreuil, 16 mai 2008 – Alors que Total tient aujourd’hui son assemblée générale à Paris, les Amis de la Terre, en partenariat avec ATTAC et la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, lancent la campagne « Total aggrave son cas » sur la base d’un rapport approfondi, afin de pousser le groupe pétrolier à améliorer ses pratiques environnementales et sociales. Simultanément, ils demandent aux pouvoirs publics de lancer un travail au niveau européen sur la responsabilité des multinationales.

La nouvelle campagne des Amis de la Terre s’appuie sur le rapport Total, la mise en examen qui analyse les impacts environnementaux et sociaux des activités de Total, 4ème groupe pétrolier mondial. Ses conclusions sont accablantes : alors que la première entreprise française se revendique souvent parangon de vertu en termes de développement durable, l’analyse de la réalité montre qu’elle aggrave ses impacts sociaux et environnementaux et se prépare à faire pire encore.

Dans sept domaines dont l’environnement, le climat, les droits humains ou la corruption, les performances de Total sont médiocres, voire mauvaises. Gwenael Wasse, chargé de la campagne Responsabilité des entreprises aux Amis de la Terre, constate : « En 2007 la production éolienne du groupe n’a représenté que 22,2 Gwh, soit 0,0015 % de sa production fossile en termes énergétiques. C’est négligeable alors que le groupe a produit 4,7 millions de tonnes de charbon la même année, soit 2 % de cette même production ! ». En termes d’investissements les chiffres sont tout aussi accablants, malgré le peu de données publiées par Total : pour quelques dizaines de millions d’euros estimés investis jusqu’à présent dans l’énergie solaire depuis deux décennies, environ un milliard d’euros par an seront investis dans les prochaines années dans les sables bitumineux au Canada, dont l’exploitation est pourtant unanimement considérée comme une catastrophe climatique et écologique mondiale.

Gwenael Wasse analyse : « Total se donne beaucoup de mal pour restaurer son image écornée par les scandales de l’Erika ou d’AZF. Le groupe veut faire croire qu’il prend en compte les impératifs du développement durable, mais l’analyse de la réalité montre qu’il s’agit surtout de communication. Lire la suite