Jean-Paul Besset, du rouge au vert

L’express, François Koch, le 06janvier 2008

Besset, du rouge au vert

L’ex-trotskiste Jean-Paul Besset est devenu le principal conseiller deNicolas Hulot. Le journaliste quitte l’ombre pour la lumière d’une candidature aux européennes de 2009.

« Toute ma vie a été bouffée par la politique », reconnaît Jean-Paul Besset. Dès qu’il monte à Paris, cet Auvergnat originaire d’une famille ouvrière et paysanne est happé par le tourbillon de Mai 68. Sous le pseudonyme de « Ploëc », il intègre la naissante Ligue communiste révolutionnaire, où il gravit les échelons du comité central et du bureau politique. Il y restera onze ans. « Trace de cet engagement internationaliste, je réfléchis toujours aux problèmes indépendamment des frontières, confie Besset. J’ai aussi conservé de vrais amis ». Il cite Alain Krivine, toujours porte-parole de la LCR, le philosophe trotskiste Daniel Bensaïd, Henri Weber, devenu sénateur PS, et Edwy Plenel, qui fut directeur de la rédaction du Monde.

« Il a structuré ma pensée », dit de lui Nicolas Hulot.

Journaliste, il écume les rédactions de gauche: Rouge, Libération, Politis et Le Monde. Il y écrit en particulier un papier sur l’affaire Alègre, où des personnalités sont accusées d’avoir participé à des soirées sadomasochistes avec torture ; ses informations, spectaculaires, se révèlent fausses. « Je me suis laissé enfumer, intoxiquer, piéger par un informateur ». Durant une courte parenthèse politique, il est chargé des relations avec la presse au cabinet du Premier ministre Laurent Fabius: « J’étais stupéfié par ses décisions prises trop vite ».

Comment ce trotskiste, dont les convictions rouges avaient bien pâli, est-il devenu écologiste? « J’étais pêcheur à la ligne et cueilleur de champignons », confie-t-il, comme pour dire que le ver était dans le fruit. Au fur et à mesure qu’il prenait conscience du péril écologique, Besset a abandonné sa culture productiviste. Après avoir rangé au placard son désir de Grand Soir. C’est qu’il n’a jamais été un idéologue pur et dur. Jusqu’à se positionner « ni gauche ni droite »? Presque.

Son livre Comment ne plus être progressiste… sans devenir réactionnaire (Fayard, 2005) provoque une rencontre décisive. « Dès que je l’ai lu, je l’ai invité à déjeuner, raconte Nicolas Hulot. Vu ses connaissances, sa capacité de se projeter dans le futur et notre complicité intellectuelle, je lui ai confié la maîtrise d’oeuvre du Pacte écologique« . Le présentateur d’Ushuaïa Nature ne tarit pas d’éloges: « C’est un vrai humaniste, connaissant l’art du compromis. Il a structuré ma pensée. Je lui demandais son avis sur tout. Il voulait que j’aille au bout de ma candidature à la présidentielle. C’est d’ailleurs le dernier avec qui j’en ai débattu avant de décider, seul, de renoncer ». Lire la suite

Élections US entre société post carbone et énergies fossiles

Actu-Environnement.com, Agnès Sinaï, le 29 octobre 2008

Élections américaines : Obama et Mac Cain, entre société post carbone et perpétuation des énergies fossiles

Au-delà du consensus entre les deux candidats en faveur de la réduction des émissions de gaz à effet de serre des Etats-Unis à l’horizon 2050, les clivages entre leurs programmes révèlent deux visions fondamentalement divergentes de l’avenir énergétique. Analyses.

Au cours de sa vie, chaque Américain né en 2008 consommera 310.000 litres de pétrole. Les Etats-Unis demeurent le pays du monde où la consommation d’énergie primaire par habitant est la plus élevée : deux fois plus que celle d’un Européen, quatre fois celle d’un Chinois. En 2003, les Etats-Unis ont importé près de 485 millions de tonnes de pétrole brut, soit environ 10 millions de barils par jour.

La guerre d’Irak a permis aux Américains de contrôler les vastes réserves pétrolières du pays en écartant les compagnies chinoises, russes et européennes. La forte présence américaine en Asie centrale et dans le Caucase sert à protéger l’accès aux réserves d’hydrocarbures de la mer Caspienne et l’acheminement du pétrole et du gaz vers l’Occident. Destinée à répondre à l’augmentation des besoins en pétrole des Etats-Unis au cours des vingt-cinq prochaines années, cette stratégie a été formulée par le vice-président Dick Cheney, dans un rapport du National Energy Policy Developement Group (Groupe de développement de la politique nationale de l’énergie) : « You’ve got to go where the oil is » (« Allez là où est le pétrole »), voilà en résumé l’histoire matérielle du XXème siècle et la stratégie éprouvée de l’administration républicaine.

Addiction pétrolière

Le programme du candidat Mac Cain affiche une image plus écologique que celle de son prédécesseur George Bush, sur fond d’éoliennes et de technologies propres. Mais, selon le Sierra Club, la plus ancienne association de protection de l’environnement des Etats-Unis (fondée en 1892), qui rassemble 1,3 million d’adhérents dans le pays, John Mac Cain soutient la même politique que celle de George Bush : sa campagne a reçu plus deux millions de dollars de la part des pétroliers, en récompense du vote de John Mac Cain contre la taxation des compagnies pétrolières au Sénat : Il s’est opposé à la suppression des 13 milliards de subventions d’Etat accordées aux compagnies pétrolières, il entend même les augmenter de 3,8 milliards de dollars et accorder des allègements fiscaux supplémentaires au secteur pétrolier, selon le Sierra Club1, qui en appelle à voter Obama. Le candidat démocrate, a contrario, propose de taxer les compagnies pétrolières pour aider les ménages modestes à faire face à la hausse du prix de l’énergie en leur versant une compensation de 1.000 dollars. Son programme met l’accent sur le lancement d’une filière nationale des énergies renouvelables, sur la base d’investissements publics massifs : il promet de débloquer quelque 150 milliards de dollars pour soutenir leur développement et investir dans les économies d’énergies, les biocarburants, le tout dans la perspective de créer cinq millions d’emplois. Lire la suite

Les acteurs du Grenelle examinent enfin le 2nd projet de loi

Le journal de l’environnement, Victor Roux-Goeken, le 6 novembre 2008

Les acteurs du Grenelle examinent enfin le second projet de loi

L’avant-projet de loi «Grenelle II» a été adressé mardi 4 novembre aux acteurs du Grenelle de l’environnement qui se réunissent en fin d’après-midi en comité de suivi. Le JDLE fait le point sur les principales dispositions de cet avant-projet de loi qui devrait passer en Conseil d’Etat la semaine prochaine et être validé, au mieux, en mai 2009.

Evaluer

Sept titres, 22 chapitres, 106 articles. A l’instar du projet de loi Grenelle I, l’avant-projet de loi de transition environnementale, dit «Grenelle II», constitue toujours autant un inventaire à la Prévert, plus précis toutefois. «Notre sentiment premier à la lecture du projet de loi (…) est la satisfaction de rentrer enfin dans le vif du sujet», selon Christian Garnier, vice-président de France nature environnement (FNE).

Pour Arnaud Gossement, porte-parole de FNE, cet avant-projet de loi est conforme au Grenelle. «Les différents secteurs sont balayés. Mais dans le détail, c’est un peu timide. Sur les déchets, les mesures ne sont pas de nature à permettre d’avancer en matière de prévention. On aurait souhaité l’extension de la responsabilité élargie du producteur (REP) à plus de filières qu’uniquement celle des déchets d’activité de soins à risques infectieux (Dasri)» (voir brève déchets). Côté transports, «on attend plus une mise en œuvre au niveau local et le schéma national des infrastructures de transport, qui ne relèvent pas du Grenelle II. Il y a aussi beaucoup de choses en santé-environnement, mais nous aurions voulu que figure plus clairement la séparation entre conseil et vente des produits phytopharmaceutiques.» Enfin, «la version de l’avant-projet de loi datant du 23 septembre, elle n’intègre pas un certain nombre de dispositions adoptées dans le Grenelle I.»

Le volet Energie se taille la part du lion. Du côté du climat, l’avant-projet de loi instaure des schémas régionaux du climat, de l’air et de l’énergie, élaborés conjointement par le préfet de région et le président du conseil régional. Ils se substitueront aux plans régionaux pour la qualité de l’air et l’utilisation rationnelle de l’énergie (1). Ces schémas devront fixer des orientations pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), s’y adapter, et déterminer le gisement d’énergie renouvelable et de maîtrise de l’énergie à l’horizon 2020. Les entreprises de plus de 500 salariés, les personnes morales de droit public de plus de 250 personnes et les collectivités territoriales de plus de 50.000 habitants devront réaliser, dès le 1er janvier 2011, un bilan carbone public destiné à réduire la consommation énergétique et favoriser le recours aux énergies renouvelables (ENR).

Pour les ENR, les éoliennes pourront être soumises à la procédure d’autorisation des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE), selon l’exposé des motifs. Les zones de développement de l’éolien (ZDE), dont seront exclues les éoliennes offshore (2), devront être fixées en cohérence avec les schémas régionaux mentionnés plus haut. Les réseaux de chaleur Lire la suite

La formation des artisans au rendez-vous du Grenelle ?

Actu-Environnement.com, F Roussel, le 31 octobre 2008

La formation des artisans du bâtiment sera-t-elle au rendez-vous du Grenelle ?

Les objectifs de performance énergétique des bâtiments prévus par le Grenelle vont nécessiter une évolution des métiers de l’artisanat. Nouvelles compétences, décloisonnement des corps de métiers, les professionnels doivent s’organiser et vite !

Premier consommateur d’énergie et gros émetteur de gaz à effet de serre, le secteur du bâtiment constitue l’un des principaux chantiers du Grenelle pour la lutte contre le changement climatique. Les objectifs de performance énergétique dans le neuf et la rénovation fixés dans le projet de loi Grenelle 1 sont ambitieux : construire des bâtiments peu consommateurs (moins de 50 kwh/m2/an) dès 2012 et rénover le parc existant pour réduire ses consommations d’énergie d’au moins 38 % d’ici 2020.

Les évolutions attendues dans la construction neuve seront principalement portées par une évolution parallèle de la réglementation thermique. Et pour les artisans, rien ne semble impossible : poser une fenêtre on sait faire, quelle soit à double ou à triple vitrage, poser de l’isolant on sait faire aussi qu’elle que soit l’épaisseur à poser, témoignait un artisan à l’occasion d’un colloque organisé récemment par la Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment (CAPEB). L’artisanat a toujours su s’adapter et peut faire du sur-mesure, confirmait Alain Chouguiat, chef du service formation de la CAPEB.

La rénovation du parc existant constitue en revanche un plus gros challenge. On compte actuellement en France 31 millions de logements (2,7 milliards de m2) et 850 millions de m2 de bâtiments tertiaires. Pour les professionnels, les objectifs du Grenelle représentent par conséquent un nouvel élan, comparable selon Alain Chouguiat au développement de l’après-guerre : la révolution est aussi importante, estime-t-il.

Pour l’instant la rénovation thermique des bâtiments ne représente que 12% du marché de la rénovation mais l’accroissement d’activité liée au Grenelle a été estimé à 600 milliards d’euros de travaux soit entre 20.000 et 30.000 euros par logements.

Selon une enquête réalisées en juin et juillet par plusieurs organismes de qualification* auprès de 42.000 entreprises de construction, les professionnels du secteur semblent conscients de cet enjeu économique. 50% des entreprises interrogées estiment que les mesures du Grenelle bénéficieront à leur activité. La part d’entreprises sceptiques reste néanmoins non négligeable puisque 30% des entreprises enquêtées considèrent que l’impact du Grenelle ne sera pas positif pour leur activité et 20% restent dans l’expectative, préférant ne pas se prononcer.

Une nouvelle organisation est nécessaire au sein des entreprises artisanales

Mais l’enthousiasme des professionnels risque de ne pas suffire Lire la suite

L’UE-15 en voie d’atteindre ses objectifs de Kyoto

Agence européenne de l’environnement, le 16 Octobre 2008

L’UE-15 en voie d’atteindre ses objectifs de Kyoto malgré des performances contrastées

L’UE-15 devrait atteindre son objectif collectif qui est de réduire de 8 % ses émissions de gaz à effet de serre pendant la période 2008–2012. Selon un nouveau rapport de l’Agence européenne pour l’environnement (EEA), ce résultat sera en partie dû aux projets de réduction des émissions que les pays de l’Union européenne financeront dans d’autres pays.

Le rapport intitulé « Greenhouse gas emission trends and projections in Europe 2008 » (tendances et projections des émissions de gaz à effet de serre en Europe en 2008) analyse les émissions historiques de 1990 à 2006. Il examine également les projections d’émissions pendant la période d’engagement du protocole de Kyoto (2008–2012).

D’une manière générale, les projections des États membres pour cette période indiquent que l’UE-15 pourrait réduire ses émissions de plus de 11 % par rapport à l’année de référence. Cet objectif pourrait être atteint grâce à une combinaison de politiques et de mesures nationales (en vigueur et prévues), d’activités portant sur les puits de carbone et de crédits pour les réductions d’émissions en dehors de l’Union européenne.

Selon le professeur Jacqueline McGlade, directrice de l’Agence européenne pour l’environnement,  » les performances en matière d’émissions restent contrastées dans l’UE-15 et certains États membres sont encore à la traîne par rapport à leurs objectifs de Kyoto. Toutefois, si l’on tient compte des performances remarquables réalisées par les autres États membres, l’UE-15 dans son ensemble devrait respecter ses engagements de Kyoto. En outre, la situation serait meilleure pour certains États membres si leurs projections tenaient pleinement compte des restrictions d’émissions auxquelles sont confrontées leurs industries dans le cadre du système communautaire d’échange de quotas d’émission. « 

Le rapport donne également une estimation de la situation à long terme en Europe. Même si, d’après les projections, le niveau des émissions devrait continuer de baisser jusqu’en 2020 dans l’UE-27, l’objectif d’une réduction de 20 % par rapport à 1990, approuvé par les leaders européens en 2007, restera hors d’atteinte sans la mise en œuvre de dispositions supplémentaires telles que le train de mesures dans les domaines de l’énergie et du changement climatique proposé par la Commission Européenne en janvier 2008.

Les données disponibles montrent que les 15 États membres de l’Union Européenne ayant un objectif commun au titre du protocole de Kyoto (UE-15) ont réduit de 2,7 % leurs émissions de gaz à effet de serre entre l’année de référence et 2006. Lire la suite

Barack Obama, version green

Novethic, Husson-Traoré, le 5 novembre 2008

Barack Obama, version green

Parmi les multiples attentes de changement qu’incarne Barack Obama, le nouveau président des Etats-Unis, il y aussi la politique environnementale américaine fédérale. Georges Bush a incarné jusqu’au bout le refus de signer le protocole de Kyoto. Sur le climat comme sur d’autres sujets environnementaux, quel président sera Barak Obama ?

Sur le climat, le changement de ligne est radical entre Barack Obama et George Bush. Le premier veut s’engager à réduire de 80 % les émissions de gaz à effet de serre américaines d’ici 2050, comparativement à leur niveau des années 90. Le second a longtemps nié l’existence même du changement climatique.

Sur les sources d’énergie, là encore la politique américaine devrait être modifiée en profondeur. Le nouveau président apparait comme un fervent partisan du développement des énergies renouvelables. Il a annoncé très tôt vouloir investir 150 milliards de dollars dans ce secteur et dans l’ébauche d’un nouveau réseau électrique. L’objectif affiché est de donner enfin aux Etats-Unis, des objectifs chiffrés de réduction des émissions de carbone. Sur le modèle européen, Barack Obama souhaite fixer un objectif de 25% de production d’électricité d’origine renouvelable d’ici 2025, et améliorer l’efficacité énergétique du pays de 50%, avant 2030. 

La stratégie consiste à tenter de diminuer la dépendance au pétrole des Etats-Unis en baissant de 35 % la consommation d’ici à 10 ans, soit l’équivalent des importations de pétrole du Moyen Orient et du Venezuela réunis. Lire la suite

Grenelle 1, 2, 3 et puis s’en va ?

Le Canard enchaîné, JMTh, le 29 octobre 2008

Grenelle 1, 2, 3 et puis s’en va

Borloo fait le beau, mais son ami Hulot l’a dans le dos. La taxe carbone qu’il préconisait pendant la campagne présidentielle n’est pas dans le Grenelle 1 adopté la semaine dernière par les députés. De quoi relativiser d’entrée la portée du « grand texte » vanté par le ministre de l’Ecologie, fût-il le premier de la législature à être voté à la quasi-unanimité de la Chambre, le 23 octobre. Le projet est d’une telle importance d’ailleurs que le Sénat ne devrait se pencher dessus de sitôt. En tout cas, pas avant l’année prochaine, selon l’ordre du jour prévisionnel du gouvernement. Avec le jeu des navettes, l’examen du texte pourrait ainsi durer jusqu’à l’été. En somme, pour verdir la France, on attend la sécheresse ! C’est dire si l’on prend l’écologie au sérieux au gouvernement : la planète brule, comme dirait Chirac, mais Sarko n’est pas pressé de l’éteindre, trop occupé à arroser la planète financière.

L’essentiel pour lui était l’illusion d’optique créée par le vote consensuel du Parlais-Bourbon. Peu importe que le Grenelle 1 ne soit qu’une mise en bouche, un texte d’orientation sans programmation. La vraie résolution copernicienne, la mise en application concrète est dans le Grenelle 2, censé passer à la moulinette de l’écologiquement correct, entre autres, 22 codes différents, du code minier à celui de l’urbanisme. C’est là que la bagarre aura lieu, y compris au sein de la majorité. Mais dans l’ordre du jour prioritaire de l’Assemblée il n’est nulle trace de Grenelle 2. Ni en janvier, ni en février. Il faudra attendre décembre pour un éventuel passage en Conseil des ministres et la fin du printemps pour une aléatoire première lecture. Et le deuxième quinquennat de Sarko pour une application de la loi ? D’ici là, Borloo et NKM auront peut-être été emportés dans la vague d’un remaniement. Le ministre se verrait bien à Matignon, et sa secrétaire d’Etat à la Santé… Le Grenelle 2 risque bien de se passer d’eux et de passer à l’écumoire. Une grande avancée écologique donc que ces Grenelle qui révolutionnent la planète à la façon des héros d’opérette. Lire la suite