Agriculture biologique : la guerre des labels ?

Novethic, le 14 octobre 2008, Rouba Naaman

Agriculture biologique : la guerre des labels ?

Le nouveau règlement européen sur l’agriculture biologique a été présenté lors d’une conférence de l’Agence bio, jeudi 9 octobre. Pas de grands changements sur le fond, mais l’imposition, dès le 1er janvier 2009, d’un label bio européen qui remplacera les labels nationaux des pays de l’Union. Les agriculteurs craignent que le bio français ne perde de sa valeur.

« Pas de panique » martèle Mariane Monod, chargée de mission au Bureau de la gestion des signes de qualité et de l’agriculture biologique, au Ministère de l’agriculture et de la pêche. La nouvelle règlementation européenne pour l’agriculture bio, qui doit entrer en application le 1er janvier 2009, ne devrait pas bouleverser la vie des exploitants agricoles. Il s’agit essentiellement d’inclure l’aquaculture, la vinification, la semence, les plants et les levures dans le champ d’application du label bio européen. L’instauration d’une règlementation commune à tous les pays européens rendra homogènes les appellations “biologiques”. « Le but est de simplifier les échanges de produits bio dans l’Union européenne » explique Mariane Monod.

Rendre homogène, cela signifie, pourtant, revoir à la baisse les critères actuels de l’agriculture biologique en France. C’est en tout cas l’avis de la Fédération nationale d’agriculture biologique (FNAB). Ce nouveau règlement suppose la disparition des cahiers des charges des labels nationaux, mais permet le double affichage du visuel européen et national. En d’autres termes, la certification AB française n’existera plus en tant que telle à partir du 1er janvier 2009 ; en revanche, le logo AB, bien reconnu par les consommateurs, pourra continuer à être apposé à côté du logo européen. Or, sur certains points, la FNAB reproche au label européen de ne pas être aussi strict que le français, notamment pour l’élevage.

Mieux que l’ancien label européen, moins bon que le français

« Ça reste un bon label bio, et il y a même des améliorations sur certains points » explique Juliette Leroux, chargée de mission réglementation à la FNAB. Les éleveurs devront prendre en compte le bien-être des animaux, et les nourrir avec des aliments bio à 100% et issus de la région. Des listes des intrants utilisables et interdits seront dressées. L’étiquetage sera également plus strict : le logo ne sera apposé que sur les produits contenants plus de 95% d’ingrédients d’origine biologique, et si les autres ingrédients n’existent pas dans l’agriculture bio. Dans les autres cas, l’indication “agriculture biologique” pourra être précisée pour les ingrédients bio, mais le logo sera banni.  « Mais beaucoup de caractéristiques françaises seront perdues » regrette-t-elle. Par exemple, l’obligation pour un éleveur de posséder une surface agricole à proximité, la limitation des traitements vétérinaires et allopathiques, ou l’alimentation par ensilage. Un exploitant agricole biologique français ne peut pas, pour l’instant, élever des poulets bio et des vaches non bio ; le label européen le permettra.

L’exemple du poulet

Dans la guerre des “détails” sur les critères de culture et d’élevage dans l’agriculture biologique, l’exemple du poulet est de ceux qui divisent le plus. Aujourd’hui en France, un poulet bio est abattu à l’âge de 80 jours au moins. Le cahier des charges du label européen impose également un abattage à 80 jours, avec une dérogation possible si l’espèce de volaille est dite “à croissance lente”. « Mais ce caractère est défini par le pays ! » explique Juliette Leroux. La plupart de nos voisins consomment des poulets de moins de 80 jours. « Cela ne signifie pas que le poulet est moins bon ou de moins bonne qualité » insiste Mariane Monod. « Les Français ne sont pas meilleurs que les autres, mais ils ont des habitudes. Difficiles de leur proposer un poulet bio au prix d’un Label Rouge s’ils ne respectent pas les même critères de qualité » réplique Juliette Leroux. Au consommateur français de trancher.

Pour ne pas pénaliser les exploitants agricoles français, la FNAB s’est même proposée de créer une certification privée, reprenant les critères du label AB national. Sur ce point, Mariane Monod reste dubitative. « La bio à deux vitesses, je n’y crois pas. On est tous dans le même bateau, avec l’intérêt commun de développer l’agriculture biologique et d’arriver à répondre à la demande ». L’arrivée d’un nouveau visuel pour l’agriculture bio européenne ne va-t-elle pas couler cet objectif ? L’actuel logo, bleu et jaune, est peu reconnu et ressemble à d’autres labels de qualité européens. Il sera remplacé le 1er juillet 2010 par un nouveau logo, encore à définir. Entre temps, l’ancien logo sera systématiquement apposé, avec ou sans les labels nationaux ou d’autres labels privés… De quoi finir de perturber le consommateur.

 

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