10 communes du bassin d’Arcachon : haro sur les pesticides

Sud-Ouest, Sabine Menet, le 15 Octobre 2008

ÉCOLOGIE. Le Syndicat intercommunal engage les dix communes du bassin d’Arcachon à réduire leur usage de produits phytosanitaires. Une première étape

Haro sur les pesticides

Elus en charge de l’environnement, directeurs des services techniques et responsables des espaces verts : tous se sont retrouvés lundi après-midi au Siba (Syndicat intercommunal du bassin d’Arcachon) à l’occasion d’une journée de sensibilisation à l’usage des produits phytosanitaires.

Cette initiative s’inscrit dans le plan national Ecophyto 2018 qui prévoit de réduire de 50 % l’usage des pesticides en dix ans. Une première approche pour Michel Sammarcelli, le président qui entend bien ne pas en rester là et montrer l’exemple. « Vous allez devoir vous battre contre votre propre commune », a-t-il lancé. « Notre objectif est de protéger le bassin. Nous devons le transmettre mieux que nous l’avons reçu. »

1 Un constat : la présence dans l’eau

Des traces de produits phytosanitaires sont présentes dans l’eau. Si la teneur est faible, elle n’en témoigne pas moins de leur transfert. Les produits phytosanitaires ou, plus communément, pesticides sont en effet employés comme herbicides (afin d’éliminer les mauvaises herbes), fongicides (pour lutter contre les maladies) ou insecticides (pour protéger des insectes). Les herbicides représentant 50 % des pesticides utilisés en France.

Les collectivités en usent pour entretenir leurs espaces verts et leurs voiries. C’est auprès d’elles que le Siba a décidé dans un premier temps de communiquer.

2 Ce que prévoit la loi

Le plan Ecophyto 2018 prévoit une réduction de moitié de l’usage des produits phytosanitaires en zones agricoles et non agricoles dans un délai de dix ans. Membre du service régional de protection des végétaux, Philippe Reulet a présenté la réglementation en cours. Il se montre optimiste quant à la réduction drastique des herbicides. « Il existe des alternatives », Lire la suite

L’écologie profonde est-elle un humanisme ?

Mouvement, Baptiste Lanaspeze

L’écologie profonde est-elle un humanisme ? I

Qu’est-ce que le courant de l’écologie profonde et pourquoi est-il assimilé en France à un « totalitarisme vert » ? Premier volet de l’analyse de Baptiste Lanaspeze.

« La Terre a 4 600 millions d’années… alors peu importe ce qu’ils peuvent bien dire de mon livre [1] . » Arundhati Roy

En décembre 2006, Télérama faisait sa une sur ces mots : « Écologie : le silence des intellectuels français ». L’hebdomadaire constatait : « Alors que l’environnement devient un enjeu central de la présidentielle grâce à Nicolas Hulot, les intellectuels français, eux, restent absents du débat. Pourquoi un tel silence [2] ? » L’article, qui ne répond malheureusement pas à la question, fait reprendre ce constat par différentes personnalités. Le militant Nicolas Hulot se plaint ainsi de manquer de soutien théorique : « Où sont-ils donc ? Pourquoi sommes-nous seuls à porter ce discours ? Du coup, on nous demande d’assumer toutes les missions : alerter, agir, théoriser et repenser le monde. Peut-être sommes-nous des crétins absolus, mais qu’on nous le dise [3] ! » Edgar Morin, l’un des rares philosophes avec Michel Serres et Catherine Larrère [4] à s’être intéressés en France à l’écologie, déplore lui aussi le manque d’intérêt de nos intellec-tuels : « Je me suis sensibilisé à l’écologie à partir d’un séjour en Californie. Je me souviens notamment d’un article de Paul Ehrlich [5] sur la mort des océans. Comme tant d’autres là-bas, j’ai compris que c’était un problème mondial. Mais ici, les rapports de l’homme à la nature, ça n’intéresse personne ! Comment mes confrères, qui vivent avec leurs critères anciens, pourraient-ils comprendre que le développement engendre la dégradation de la biosphère [6] ? »

La bibliographie qui accompagne l’article de Télérama ne déroge pourtant pas à ce qui est une règle des bibliographies françaises sur l’écologie : elle ne compte aucun représentant, direct ou indirect, de l’écologie philosophique, de l’éthique environnementale, ou de la « deep ecology ». Ni le Norvégien Arne Naess (né en 1912), ni les Américains John Baird Callicott (né en 1941), Aldo Leopold (1887-1948), Edward Abbey (1927-1989), Edward O. Wilson (né en 1929), ni le Britannique James Love-lock (né en 1919) n’y figure. Pourquoi ? Parce qu’ils ne sont pour ainsi dire pas traduits en français. Pourquoi ne sont-ils pas traduits en français ? Parce que l’écologie philosophique a chez nous la réputation d’être une pensée « controversée ». Le silence des intellectuels français à l’égard de l’écologie n’est en effet pas tant un silence d’indifférence que de méfiance, voire d’hostilité déclarée. En tant que mouve-ment intellectuel, l’écologie est en France hautement suspecte. Dans un appendice à son roman Le Parfum d’Adam, publié en janvier 2007, Jean-Christophe Rufin dénonce à son tour avec virulence la deep ecology qui serait, selon lui, l’ancrage théorique d’un « totalitarisme vert », selon le mot de Jacques Attali dans Le Monde [7] . « L’écoterrorisme s’ancre dans une réflexion théorique largement ignorée en France. L’ouvrage de Luc Ferry Le Nouvel ordre écologique a été le premier à attirer l’attention sur l’ampleur des travaux consacrés à ce que l’on appelle parfois l’écologie profonde (deep ecology) [8] . » Sans aborder ici la question de cet « écoterrorisme », le fait est que depuis la parution de l’ouvrage de Luc Ferry en 1992, un cordon sanitaire s’est formé pour maintenir la pensée écologiste à l’extérieur de la Cité intellectuelle française. Tout en déplorant l’absence d’une pensée écologiste digne de ce nom, on n’en maintient donc pas moins l’embargo sur ce qui est précisément une philosophie de l’écologie, Lire la suite

Quand les États-Unis luttaient contre le gaspillage

Mouvement, Mike Davis, article initialement paru sous le titre « Home-Front Ecology » dans le Magazine Sierra Club (juillet-août 2007), traduction : Hugues Jallon pour Mouvements

Écologie en temps de guerre. Quand les États-Unis luttaient contre le gaspillage des ressources

FABRIQUE DES IDEES. « Notre mode de vie n’est pas négociable » a déclaré G. W. Bush. Pourtant, pendant la Seconde guerre mondiale, les citoyens américains ont renoncé un moment à la culture de la consommation et du gaspillage. 11 juin 2008

Aux États-Unis, les générations actuelles sont-elles équipées pour répondre au défi homérique que représente le réchauffement climatique ? Si les grands médias glosent à longueur de page sur les « crédits de carbone », les « voitures hybrides » et l’« urbanisme intelligent », il n’en reste pas moins que notre empreinte écologique ne cesse d’augmenter. À titre d’exemple, la maison américaine typique est aujourd’hui 40 % plus grande qu’il y a vingt-cinq ans, alors même que la taille de chaque foyer s’est réduite. Dans le même temps, les mammouths du genre 4×4 (qui représentent 50 % des voitures particulières) ont envahi les autoroutes, tandis que la taille des surfaces commerciales par habitant – un moyen indirect, mais fiable, de mesurer l’augmentation de la consommation – a quadruplé.

Autrement dit, nous sommes trop nombreux à parler d’écologie tout en conservant un mode de vie surdimensionné – donnant ainsi du grain à moudre aux conservateurs qui multiplient les tribunes fustigeant cyniquement les factures d’électricité d’Al Gore. Nous sommes désespérément drogués aux énergies fossiles, au shopping compulsif, à l’expansion suburbaine et au régime carnivore. Les Américains pourront-ils jamais renoncer volontairement à leurs 4×4, à leurs hamburgers, à leurs énormes manoirs de banlieue et à leurs sacro-saintes pelouses ? Surprise : la bonne nouvelle nous vient du passé. Dans les années 1940, les Américains combattaient simultanément le fascisme à l’étranger et le gaspillage chez eux. Mes parents, leurs voisins, et des millions d’autres Américains laissaient la voiture au garage pour se rendre au travail à vélo, retournaient leur pelouse pour planter des choux, recyclaient les tubes de dentifrice et l’huile de cuisson, prêtaient bénévolement leurs services aux crèches et aux centres de l’United Service Organization [1], offraient le gîte et le couvert à des inconnus, et s’efforçaient consciencieusement de réduire leur consommation et d’éviter le gaspillage inutile. La Seconde Guerre mondiale donna ainsi lieu à la plus grande expérience d’écologie populaire de l’histoire des États-Unis. Lessing Rosenwald, le directeur du Bureau pour la conservation des matériaux industriels, exhortait ses compatriotes « à passer d’une économie de gaspillage – et on connaît les habitudes de ce pays en matière de gaspillage – à une économie de préservation. » Une majorité de civils répondit à l’appel, certains à contrecoeur, beaucoup avec enthousiasme.

Le symbole le plus célèbre de ce nouvel état d’esprit était les « jardins de la victoire ». Lire la suite

Le diplo : Repeindre en vert la société de marché

Le Monde diplomatique, Agnès Sinaï, lundi 13 octobre 2008

Grenelle de l’environnement

Repeindre en vert la société de marché

Depuis le 9 octobre, les députés français ont engagé l’examen des articles et amendements du projet de loi d’orientation visant à donner une traduction législative aux engagements du Grenelle de l’environnement.

Depuis une trentaine d’années, les sociétés industrielles savent que le modèle de la croissance sans fin est insoutenable en regard des limites des ressources naturelles. Elles n’en ont pas moins poursuivi leur « développement » à une cadence soutenue, malgré les avertissements de lanceurs d’alerte divers, du Club de Rome des années 1970 au Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). A fortiori, elles sont su élaborer des stratégies et une rhétorique ayant vocation à occulter la face cachée de la surabondance.

En France, après la laborieuse stratégie nationale de développement durable inspirée des recommandations du Sommet de la Terre de Rio (1992), après la Charte de l’environnement intégrée à la Constitution en 2005, la loi de mise en œuvre du Grenelle de l’environnement se veut un texte de rupture sur fond de révolution écologique. L’annonce de ce dispositif a fait l’objet d’une mise en scène médiatique de grande envergure, le président Nicolas Sarkozy s’affichant aux côtés de l’ancien vice-président américain Albert Gore et de Wangari Maathai, prix Nobel de la paix, le 25 octobre 2007, à l’occasion de la restitution des conclusions de la réunion.

M. Sarkozy en appelle alors à « une révolution dans nos façons de penser et dans nos façons de décider. Une révolution dans nos comportements, dans nos politiques, dans nos objectifs et dans nos critères ». Il annonce : « Il faut avoir le courage de reconnaître que nous ne pouvons plus définir des politiques en ignorant le défi climatique, en ignorant que nous détruisons les conditions de notre survie. Premier principe : tous les grands projets publics, toutes les décisions publiques seront désormais arbitrées en intégrant leur coût pour le climat, leur “coût en carbone”. Toutes les décisions publiques seront arbitrées en intégrant leur coût pour la biodiversité. « Très clairement, un projet dont le coût environnemental est trop lourd sera refusé. » Belle rhétorique, bientôt perdue dans les labyrinthes de la nouvelle expertocratie environnementale.

Une approche fragmentée

Au nom de la concertation, les lobbies de la chimie, du BTP (bâtiment, travaux publics), de l’agroalimentaire, les publicitaires, les industries de l’automobile et les patrons de la grande distribution ont autant voix au chapitre que les associations environnementales. Quelque deux cent soixante-treize engagements sont initialement élaborés à un rythme effréné par six groupes de travail, relatifs à l’énergie et au changement climatique, à la préservation de la biodiversité et des ressources naturelles, à l’instauration d’un environnement respectueux de la santé, aux modes de production et de consommation « durables », à des modes de production écologiques « favorables à la compétitivité et à l’emploi », à la construction d’une « démocratie écologique (1) » .

Mais, entre les propositions initiales et le texte final de la « loi d’accélération de la mutation environnementale » (sic) débattue au Parlement, les organisations non gouvernementales (ONG) se sont vu confisquer le processus. Lire la suite

Imaginons l’inimaginable : demandons l’impossible !

Blog de Michel Lesbats, le 10 octobre 2008

Soyons fous ! Imaginons l’inimaginable : demandons l’impossible !

La crise profonde de la finance se mondialise et atteint progressivement tous les secteurs de l’économie. Tous les spécialistes de ces domaines consultés depuis ces derniers jours le reconnaissent : les règles de l’économie et du capitalisme financier sont dérogées par ceux qui faisaient la leçon, il y a encore quelques jours, pour les respecter. De fait l’économie de marché, l’orthodoxie dite néo-libérale est moribonde en effet tous imaginent maintenant l’inimaginable :

  • Mettre de la « régulation » ( de la rétro-action ou du Droit , c’est à dire de l’obligation sociétale pour certains) pour faire fonctionner un système qui doit « naturellement s’auto-réguler grâce au marché.
  • Nationaliser le système bancaire que tous cherchaient hier à privatiser.
  • Amnistier les délinquants financier pour rapatrier les « capitaux exilés » pour cause de fiscalité française trop contraignante (en favorisant un emprunt pour des Etats « en faillite » et insolvable puisqu’endêté jusqu’au cou-
  • Privatiser les profits et à mutualiser les déficits.
  • Proposer que les Etats endettés se portent caution de l’argent des déposants privés alors que ces mêmes Etats sont incapable de maîtriser leurs propres dépenses et bientôt sans aucun doute ne pourront plus rembourser les intérêts qu’ils doivent.
  • -Empêcher la spéculation financière et la mise en place d’ « innovations » financières (sur-primes) c’est à dire empêcher aujourd’hui ce que l’on présentait comme « incontournable » ou comme « indispensable » hier.
  • Savoir éliminer des règles et fausses valeurs aussi naïves que malhonnêtes nommées  » attrape gogos  » : Lire la suite

Barcelone : l’UICN déterminée à sauver la biodiversité

Développement durable – Le journal, 15 octobre 2008, Patrick Cros

 

Julia Marton-Lefèvre, directrice générale de l’UICN a clôturé le Congrès mondial de la nature de Barcelone par un message sur le rôle de la biodiversité dans « le bien-être des sociétés humaines et de leurs économies »

Après dix jours de débats, le Congrès mondial de la nature de l’UICN s’est achevé hier à Barcelone. Les 8 000 participants, décideurs du monde entier dans le domaine du développement durable, ont souligné que « les coûts liés à la perte de biodiversité sont non seulement plus chers que ceux liés aux problèmes financiers courants, mais également, dans de nombreux cas, irréparables ». La France a confirmé son engagement aux côtés de organisation de défense de la biodiversité en signant un second accord cadre.

Le 4e Congrès mondial de la nature de l’UICN s’est achévé hier à Barcelone dans une atmosphère déterminée. « Ensemble, nous utiliserons le savoir-faire et les réseaux de l’UICN pour influencer les décideurs afin de garantir un avenir à la nature et mieux intégrer les préoccupations liées à la biodiversité dans les politiques et les pratiques relatives au changement du climat, à l’énergie, au développement, à la sécurité humaine, aux marchés et au commerce », a lancé Julia Marton-Lefèvre, directrice de l’Union Mondiale pour la Nature.

Après dix jours de débats, les 8 000 participants ont proposé une voie pour « sortir de la crise environnementale », soulignant que les coûts liés à la perte de biodiversité « sont non seulement plus chers que ceux liés aux problèmes financiers courants, mais également, dans de nombreux cas, irréparables ». Pour Julia Marton-Lefèvre, le Congrés a démontré « comment la sauvegarde de la nature doit faire partie de la solution à la crise mondiale ». Selon elle, la biodiversité est étroitement liée au bien-être des sociétés humaines et de leurs économies. « La conservation ne peut atteindre ses objectifs que si nous nous attaquons aux causes sous-jacentes à la perte de la biodiversité tout en entreprenant simultanément des actions pour réduire les impactes de cette perte ».

Parmi les stratégies envisagées pour renforcer les actions de l’UICN : la participation « réfléchie » des entreprises privées, qui a été longement débattue avant d’être acceptée. Autre sujet délicat abordé : Les biocarburants. L’UICN a demandé aux gouvernements de mieux les réguler et de les gérer « afin de limiter leur impact potentiel sur les personnes et la nature ». Un appel a été lancé pour « développer des directives et améliorer les standards utilisés lors de la considération de projets liés à ces nouveaux carburants ».

Signature d’un accord cadre avec la France

 

Congrès mondial de la nature de Barcelone : L’UICN déterminée à sauver la biodiversité

La France a tenu à être présente dans ce mouvement de défense de la biodiversité. Nathalie Kosciusko-Morizet a profité du congrès pour confirmer la signature d’un nouvel accord cadre avec l’UICN, annonçant « l’engagement de la France auprès de l’Union Mondiale pour la Nature » et de son réseau de 11 000 experts scientifiques, gouvernements et associations de protection de l’environnement. Lire la suite