Voyage dans la galaxie décroissante

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La décroissance : le terme interpelle, pose question, se retrouve dans des endroits improbables et prend bien des gens au dépourvu. Nous en traçons ici un petit panorama descriptif, en attendant d’entrer dans le détail des problématiques qui sont ainsi mises à l’agenda.

La décroissance gagne en audience à gauche. Ce terme, utilisé par J. Grinevald pour traduire le titre de l’ouvrage de Nicholas Georgescu-Roegen [1], dont le titre original était The Entropy Law and the Economic Process [2], n’était connu que de groupes d’experts quand le journal La décroissance, né en mars 2004, a relancé ce concept dans l’espace public. Le journal tire à 45 000 exemplaires, dont 25 000 vendus. Il a doublé sa fréquence de parution, en devenant mensuel. Plusieurs sites web sont consacrés à la décroissance. Decroissance.info est un site autogéré par des groupes locaux. Decroissance.net est le site officiel de l’Institut d’études économiques et sociales pour la décroissance soutenable, de même tendance que le journal La Décroissance. Ladecroissance.org est le site du journal La Décroissance.

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Lipietz : compte rendu de l’atelier Biodiversité 2010 de l’UICN

Lipietz, Congrès de l’UICN, Barcelone

Compensations et régulations : deux conditions pour sauver la biodiversité en réduisant la pauvreté

Intervention à la plénière :  » Atteindre l’objectif Biodiversité 2010 : une contribution à la réduction de la pauvreté, au bénéfice de la vie sur la planète »

Il faut se rendre à l’évidence, l’objectif de stopper l’érosion de la biodiversité en 2010 ne sera pas atteint, et il faut comprendre pourquoi.

Il y a à la fois des raisons réelles et des raisons formelles. Les raisons réelles d’abord. Aussi bien les pauvres que les riches ont un intérêt immédiat à exploiter un écosystème, voire à le supprimer pour remplacer l’espace qu’il occupe par un autre écosystème.. Raser une forêt, assécher une zone humide pour en faire des champs ou des prairies, c’est ce qu’on appelle « défricher » et c’est un terme positif en français.

Il y a par ailleurs des raisons formelles : un écosystème n’est en général pas correctement protégé par des lois, conventions ou règles d’usage.

Dans ces conditions, il est normal que, si l’on ne prend pas en compte ces intérêts, si on ne prend pas des mesures légales, rien n’empêchera l’effondrement de la biodiversité. Que faire ?

D’abord, expliquer pourquoi le maintien de la biodiversité est une cause d’intérêt général, global, pour tous les Terriens et en particulier les plus démunis. Et là il faut comprendre qu’il existe une échelle de cas.

Cas le plus direct : l’écosystème est lui-même le stock ou le lieu de reproduction d’une ressource exploitée localement (typiquement, c’est le cas de la chasse et de la pêche). Le poisson est bon pour les humains, le métier de pécheur est dangereux et fatigant, mais c’est un beau métier. Mais si l’on pêche trop, le stock de poisson s’épuise et ne peut plus se reproduire. Plus de poisson, plus de pêcheur.

Mais il y a des cas plus indirects. Par exemple les forêts d’altitude comme le Paramo andin jouent un rôle d’éponge qui retient et filtre l’eau, eau qui sera utilisée à des centaines de kilomètres en aval. Encore plus diffus est l’effet global des grandes forêts tropicales sur la stabilisation du climat. Dans ces deux derniers cas, ce sont les Terriens vivant parfois à des centaines, voire à des milliers de kilomètres qui ont intérêt à ce qu’un écosystème local, avec toute sa biodiversité, ne soit pas détruit.

Quand le rapport est direct, certaines sociétés ou communautés locales ont appris au cours des siècles à gérer correctement l’écosystème pour ne pas en épuiser les ressources. Mais ils peuvent se trouver confrontés à des rivaux plus riches ou plus puissants qu’eux, qui viennent s’approprier le territoire de l’écosystèmes pour en faire autre chose (un immense champ de soja, une mine à ciel ouvert).

Et quand l’intérêt d’un écosystème n’est pas direct et local, à ce moment-là, la demande de respect de l’écosystème et de sa biodiversité ne peut venir que de l’autorité politique d’un espace géographiquement supérieur, et doit être négocié avec la population locale.

Comment une autorité politique peut-elle protéger un écosystème ? Lire la suite

Paroles du chef indien Seattle

PAROLES DU CHEF INDIEN SEATTLE texte extrait de « Pieds nus sur la Terre Sacrée ».

« Nous savons que l’homme blanc ne comprend pas nos moeurs. Une parcelle de terre ressemble pour lui à la suivante, car c’est un étranger qui arrive dans la nuit et prend à la terre ce dont il a besoin. La terre n’est pas son frère, mais son ennemi, et lorsqu’il l’a conquise, il va plus loin. Il abandonne la tombe de ses aïeux, et cela ne le tracasse pas. Il enlève la terre à ses enfants et cela ne le tracasse pas. La tombe de ses aïeux et le patrimoine de ses enfants tombent dans l’oubli. Il traite sa mère, la terre, et son frère, le ciel, comme des choses à acheter, piller, vendre comme les moutons ou les perles brillantes. Son appétit dévorera la terre et ne laissera derrière lui qu’un désert.

Je ne sais pas. Nos moeurs sont différentes des vôtres. La vue de vos villes fait mal aux yeux de l’homme rouge. Mais peut-être est-ce parce que l’homme rouge est un sauvage et ne comprend pas. Il n’y a pas d’endroit paisible dans les villes de l’homme blanc. Pas d’endroit pour entendre les feuilles se dérouler au printemps ou le froissement des ailes d’un insecte. Mais peut-être est-ce parce que je suis un sauvage et ne comprends pas. Le vacarme semble seulement insulter les oreilles. Et quel intérêt y a-t-il à vivre si l’homme ne peut entendre le cri solitaire de l’engoulevent ou les palabres des grenouilles autour d’un étang la nuit ? Je suis un homme rouge et ne comprends pas. L’indien préfère le son doux du vent s’élançant au-dessus de la face d’un étang, et l’odeur du vent lui-même, lavé par la pluie de midi ou parfumé par le pin pignon.

L’air est précieux à l’homme rouge, car toutes choses partagent le même souffle – la bête, l’arbre, l’homme, ils partagent tous le même souffle. L’homme blanc ne semble pas remarquer l’air qu’il respire. Comme un homme qui met plusieurs jours à expirer, il est insensible à la puanteur.

Mais si nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler que l’air nous est précieux, que l’air partage son esprit avec tout ce qu’il fait vivre. Le vent qui a donné à notre grand-père son premier souffle a aussi reçu son dernier soupir. Et si nous vous vendons notre terre, vous devez la garder à part et la tenir pour sacrée, comme un endroit ou même l’homme blanc peut aller goûter le vent adouci par les fleurs des prés.

Comment pouvez-vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ? Lire la suite

Corinne Lepage : la crise peut être salutaire si…………

 Tribune France-Culture du lundi 13 octobre, Corinne Lepage

La crise peut être salutaire si…………

La gravité de la crise, qu’on ne peut mesurer aujourd’hui en particulier dans ses conséquences sociales et géostratégiques et d’autant  plus forte que la crise est mondialisée, est largement due au fait que, comme l’a si bien dit Jean-Pierre Dupuy nous ne croyons pas ce que nous savons. C’est bien pour n’avoir pas cru possible le crach qu’ils savaient inévitable que les traders et autres financiers parfaitement avisés en ce qui concerne leurs intérêts personnels et parfaitement fous pour le reste de la société nous ont conduits au gouffre. Il ne faudrait pas qu’au tsunami financier vienne s’ajouter le tsunami climatique et écologique que les rapports du GIEC d’une part, des organismes mondiaux de protection de la nature d’autre part ne cessent de nous annoncer.

Or, ce que n’ont pas compris ceux qui torpillent le Grenelle ou qui veulent remettre son examen à plus tard pour cause de crise financière, c’est que les deux sujets sont étroitement liés car c’est le système qui doit changer dans un nouveau paradigme autour de l’écolonomie. Si nous y parvenions, alors, paradoxalement cette crise serait salutaire.

 A court terme, il est impératif que l’effort colossal que font les Etats pour injecter des liquidités ne soient pas détournés de leur but : financer l’économie réelle et non pas faire perdurer un  système spéculatif, qui parie aujourd’hui sur la baisse pour gagner deux fois : une fois en vendant grâce aux nouvelles liquidités, ensuite en rachetant à « la ramasse » les actions décotées d’entreprises parfaitement saines. Pour ce faire, il est indispensable, comme le propose Jacques Attali, que les banques ne puissent jouer sur les dérivés et les marchés à terme . De la même manière, toute relation avec les hedge funds situés dans les paradis fiscaux, auxquels il conviendrait une fois pour toute, de mettre un terme devrait être proscrite. Cela rendrait beaucoup plus difficile la vie de l’économie noire et grise – dont on ignore aujourd’hui comment elle se comporte dans cette crise – et permettrait de s’attaquer réellement à la corruption dont le coût démocratique et économique est immense.

Cette politique permettrait de réintroduire dans le système financier une finalité, non pas celle de vider la substance du reste de la société pour assurer des profits réels reposant sur des richesses virtuelles, mais de financer une économie utile au reste de la société. La nationalisation partielle ou totale des banques rend incontournable  cette nouvelle orientation, faute de quoi le comble du cynisme et de la bêtise serait atteint : le contribuable, lésé par le crach, lésé par le détournement des fonds au profit de quelques uns, le serait une troisième fois en voyant les fonds publics alimenter le capitalisme financier. C’est également dans cette optique que le crédit aux PME est fondamental.

Ce choix est impératif car la question du travail et de la redistribution va se poser avec acuité. Il est indispensable de sauver aussi les ménages confrontés à des prêts relais en fin de course, à tous ceux qui ont empruntés avec des taux variables et confrontés au surendettement. La question des salaires va se reposer d’autant plus sévèrement que le crédit ne remplira plus la mission que les américains lui ont conféré. Lire la suite

Déclin des abeilles : vers de nouvelles mesures ?

Journal de l’environnement, Sabine Casalonga,  14 octobre 2008

Déclin des abeilles : vers de nouvelles mesures?

Afin de lutter contre la surmortalité des abeilles, un rapport parlementaire présenté vendredi 10 octobre (1) préconise la création d’une véritable filière apicole ainsi que le retour à une déclaration annuelle des ruches.

«Le taux de surmortalité de 30 à 35% des abeilles n’est plus contestable», a souligné le député de Haute-Savoie Martial Saddier, en présentant ses travaux au ministre de l’agriculture Michel Barnier et à la secrétaire d’Etat chargée de l’écologie Nathalie Kosciusko-Morizet, rapporte l’AFP.

Le rapport recommande donc «d’organiser de toute urgence une filière apicole» et «de revenir à une déclaration annuelle des ruches d’ici le 1er janvier 2010». Cette dernière mesure avait été supprimée en 2005 à des fins de simplification administrative.

Michel Barnier a annoncé la nomination d’un «Monsieur Abeille, unique et compétent» pour répondre «aux justes critiques quant à la dispersion des interlocuteurs». Jean-Pierre Comparot, chargé de la coordination de l’administration sur ce sujet transversal, assumera cette fonction.

Dans l’attente de la création d’une véritable filière, le rapport préconise la mise en place «immédiate» d’une plate-forme de travail type «comité opérationnel» du Grenelle, réunissant tous les acteurs concernés. Il recommande également la création d’un institut technique et scientifique de l’abeille, ainsi que celle d’une filière de reproduction d’abeilles reines afin d’assurer le renouvellement des ruches.

Plusieurs de ces propositions ont été -ou seront- intégrées sous forme d’amendements aux projets de loi Grenelle I et II. Le rapport a été bien accueilli par le monde apicole. Le Réseau biodiversité pour les abeilles a ainsi appelé dans un communiqué de presse à «la réconciliation et au dialogue entre tous les acteurs (apiculteurs, agriculteurs, scientifiques, collectivités locales, entreprises et associations)».

(1) «Pour une filière apicole durable: les abeilles et les pollinisateurs sauvages», rapport parlementaire de Martial Saddier, député de la Haute-Savoie

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Ecologie et énergie : une bataille perdue ?

Le Monde, Hervé Kempf, le 14 octobre 2008

Ecologie et énergie : une bataille perdue ?

Le mouvement écologiste est-il en retard d’une guerre énergétique ? Pendant qu’il se focalise sur la promotion des énergies renouvelables, la bataille sur le front principal, celui de l’efficacité énergétique, est en train d’être discrètement perdue, dans les replis des discussions européennes. En mars 2007, le conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement adoptait plusieurs objectifs pour 2020 : « Une proportion contraignante de 20 % d’énergies renouvelables dans la consommation énergétique » ; « l’engagement ferme de réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 20 % ». Si ces décisions étaient « fermes » ou « contraignantes », la troisième restait indicative : le conseil se bornant à « souligner qu’il est nécessaire d’accroître l’efficacité énergétique dans l’UE afin d’économiser 20 % de la consommation énergétique ».

Ces délibérations allaient être mises en oeuvre dans un projet législatif dit « Paquet énergie climat ». Celui-ci, proposé par la Commission en janvier, est âprement discuté cet automne. La négociation communautaire se focalise sur deux sujets : le marché des émissions de gaz à effet de serre et le statut des énergies renouvelables. Mais, comme le relève l’association Greenpeace, aucun des textes en discussion n’aborde la question de l’efficacité énergétique, alors même que tous les experts reconnaissent que les économies d’énergie constituent le moyen le plus avantageux pour prévenir le changement climatique.

Selon l’Agence internationale de l’énergie, les actions d’efficacité énergétique qu’elle a présentées au G8 en juillet « pourraient éviter l’émission de 8,2 milliards de tonnes de gaz carbonique par an en 2030 », soit plus du tiers des émissions actuelles mondiales de CO2.

Autre intérêt majeur d’une telle politique : elle est la plus rentable sur le plan économique. Un investissement initial dans la maîtrise de l’énergie est rapidement remboursé, puis profitable, du fait de la réduction des dépenses d’importation de combustibles qu’il permet. Selon le Livre vert sur l’efficacité énergétique publié par la Commission européenne en 2005, l’Union « pourrait économiser au moins 20 % de sa consommation d’énergie actuelle avec un bon rapport coût-efficacité, équivalent à 60 milliards d’euros par année ». Cette estimation était opérée en 2005, lorsque le prix du baril de pétrole était inférieur à 50 dollars. Fin 2006, les experts européens l’ont portée à 100 milliards d’euros. Une étude de l’institut allemand Wuppertal, que va prochainement publier le WWF, situe maintenant, avec un baril de pétrole à 100 dollars, l’économie possible sur les importations d’énergie à 220 milliards d’euros.

Cette démarche est aussi le meilleur moyen d’assurer la sécurité énergétique, en limitant la dépendance à l’égard de la Russie et du Moyen-Orient. Dans son rapport au premier ministre, « Sécurité énergétique et Union européenne », rendu en avril, Claude Mandil écrivait :  » Il importe de se rendre compte, et de faire clairement savoir à l’opinion publique, que (l’efficacité énergétique) est aussi un moyen extrêmement efficace et peu coûteux d’accroître la sécurité énergétique. » Lire la suite

A 65 : les opposants sont toujours là

Sud-Ouest, Jean-Louis Hugon, le 14 Octobre 2008

AUTOROUTE LANGON-PAU. Toujours le même débat entre partisans et opposants, hier, lors du comité de suivi de Mont-de-Marsan. Mais les questions demandant l’étude de rentabilité sont restées sans réponse

Les opposants sont toujours là

Les opposants à l’A 65 n’en démordent pas. Bien que la plupart de leurs recours en justice aient été repoussés, ils continuent à ferrailler avec les élus et les responsables administratifs chaque fois qu’ils en ont l’occasion. Comme hier après-midi à Mont-de-Marsan, où se tenait la deuxième réunion du comité de suivi des engagements de l’État, sous la présidence du préfet de Région Francis Idrac.

Sur le terrain, malgré les trois à six mois de retard pris à cause des recommandations du Conseil national de protection de la nature, tout se passe comme prévu. Les travaux ont commencé dans à peu près deux tiers des communes concernées par le tracé de 150 kilomètres. Le beau temps actuel étant très favorable aux terrassements difficiles, l’objectif de mise en service reste fixé à la fin 2010.

Bons élèves et cancres.

Mais quand on en est arrivé aux questions de la salle, il y a eu comme d’habitude deux types de comportement. Les « bons élèves », comme Geneviève Darrieussecq, maire (Modem) de Mont-de-Marsan, remarquant que « c’était méconnaître les habitudes des gens de la région que de nier le besoin de cette autoroute, demandée depuis longtemps par la population ». Jean-Louis Carrère, vice-président (PS) du Conseil régional, « satisfait que les travaux aient démarré », précise qu’il « lui tarde qu’ils soient menés à terme ». Quant à Robert Cabé, maire (PS) d’Aire-sur-l’Adour, il se dit « impressionné par le sérieux du concessionnaire A’liénor dans l’écoute, sa disponibilité et dans l’impact des compensations prévues ».

En face, toujours les mêmes critiques, de la part des « cancres ». Daniel Delestre (Sepanso) dit que contrairement à ce que le préfet lui reproche, « l’acharnement vient plutôt de l’État, qui continue à croire en l’utilité de ces axes alors qu’il faudrait diminuer les gaz à effet de serre et la consommation d’énergie fossile ». Soulignant l’opacité du financement des travaux, il parle d’« endettement durable pour les générations futures ». Julien Milanesi (Alternative régionale Langon-Pau) demande pourquoi « on refuse de nous communiquer les études financières ayant précédé l’appel d’offres. Vous nous répondez par un bilan économique et social, qui figure sur le site de l’A 65, mais la question n’est pas là. La rentabilité économique, c’est la comparaison entre les coûts prévisionnels et les bénéfices attendus. Cette étude existe, mais nous n’y avons pas accès. Pourtant, si elle était sur la place publique, on discuterait dans la transparence. Qu’on nous la donne. »

« Un zéro de trop ».

Il posait aussi la question du surcoût de 300 millions d’euros, Lire la suite