Profitons de la crise pour refonder la société

Le Monde, Gérard Mermet, le 13 octobre 2008

Profitons de la crise pour refonder la société,

La bulle financière explose, la pauvreté, la faim et les inégalités gagnent du terrain dans le monde, au moment même où celui-ci prend conscience que la planète est dégradée, que les ressources sont limitées et que la survie des espèces vivantes n’est plus assurée. Y compris la nôtre. Cette concomitance inédite de difficultés, contraintes et menaces constitue pourtant une chance historique de transformer le monde et d’y vivre mieux. La France pourrait, si elle le voulait, être à la pointe de ce combat.

Si la crise est inquiétante, voire obsédante dans la plupart des pays développés (les enquêtes manquent sur les autres), elle l’est plus encore dans notre pays. Le moral est plus bas qu’ailleurs, l’inquiétude plus mal vécue, la méfiance plus forte, le cynisme plus apparent, la cohabitation plus difficile. Certaines exceptions nationales sont des handicaps à l’adaptation (sans même parler d’innovation) : irréalisme ; uniformisme ; amoralisme ; « petisme » ; culture de l’affrontement… Notre société « mécontemporaine » cultive ainsi le pessimisme et la peur. L’économie souffre d’anémie et la société d’anomie (disparition des repères et valeurs collectifs permettant de guider les comportements individuels).

Comment, dans ces conditions, aider les Français à garder (ou plutôt à retrouver) le moral ? On peut faire trois suggestions. La première, en forme de clin d’oeil, serait de s’éloigner davantage encore de la réalité. Outre le recours (déjà massif) aux antidépresseurs, on pourrait se conformer au précepte chinois des trois singes : ne rien voir (jeter les postes de télévision, ne plus lire les journaux) ; ne rien entendre (éteindre la radio, ne pas écouter les conversations) ; ne pas parler (sauf pour commenter les bonnes nouvelles, si l’on en trouve encore !). Mais cette inconscience volontaire ne ramènerait pas l’insouciance. Mieux vaut pour la démocratie et pour les générations futures favoriser le débat entre Mutants et Mutins que de voir s’accroître le nombre des Moutons (ou autruches).

La seconde suggestion, a priori plus facile à mettre en oeuvre, serait de relativiser la misère nationale. Le paupérisme, le misérabilisme, le dolorisme et le victimisme ambiants ne sont pas en effet des facteurs de dynamisation mais d’insatisfaction et de tension. Cela ne saurait empêcher de reconnaître et de déplorer la recrudescence récente des inégalités de revenus ou, surtout, des patrimoines.

La croissance n’a pas profité uniformément à tous, et la solidarité nationale devra mieux faire son travail de redistribution. Pour y parvenir, la réduction sensible ou la suppression de certains écarts inacceptables est un préalable : stock-options ; parachutes dorés ; niches fiscales ; retraites « coup de chapeau » ; rentes de situation et autres privilèges « haut de gamme ».

Avant de demander aux classes moyennes de faire des efforts, il faudra demander (ou imposer) à la tranche supérieure une participation plus grande à la solidarité, un peu plus de décence et de vertu. Lire la suite

La crise écologique, facteur croissant de migrations

Le Monde, Hervé Kempf, le 14 octobre 2008

La crise écologique, facteur croissant de migrations

Les effets de la crise économique commencent à se faire sentir sur les phénomènes migratoires. Selon l’anthropologue mexicaine Ursula Oswald Spring, « la crise aux Etats-Unis a provoqué, depuis un an, le retour de 200 000 migrants vers le Mexique ». « Et les envois d’argent par les travailleurs migrants, qui constituent la deuxième source de revenus du Mexique, ont baissé de 24 % cet été », ajoute-t-elle.

Une protection juridique inexistante

L’Organisation internationale des migrations a donné, en 2007, une définition des migrants environnementaux, personnes qui « pour des raisons contraignantes de changement soudain ou progressif de l’environnement (…) sont obligées de quitter leur résidence habituelle ».

Mais ces migrants ne bénéficient d’aucune protection juridique. La Convention sur les réfugiés de 1951 ne concerne que les personnes « craignant avec raison d’être persécutées du fait de leur race, de leur religion, de leur nationalité, de leur appartenance à un certain groupe social ou de leurs opinions politiques ». Une députée suédoise, Tina Acketoft, a proposé à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe d’élaborer une Convention relative au statut et aux droits de ces « migrants écologiques ».

Mme Oswald Spring intervenait lors de la première conférence sur les migrations liées à l’environnement, qui s’est achevée à Bonn, samedi 11 octobre, sous l’égide de l’université des Nations unies. Le contexte économique y était dans tous les esprits. « La récession économique va ralentir la croissance et peut-être éloigner nos esprits de questions moins immédiates, comme le changement climatique, a souligné Theodore Skylakakis, un représentant du ministère grec des affaires étrangères. Nous ne devrions cependant pas oublier ce problème majeur. »

Car les bouleversements écologiques en cours n’en continuent pas moins, et les chercheurs présents à Bonn ont souligné le caractère inéluctable de nouvelles migrations dues à la dégradation environnementale. La projection effectuée il y a quelques années par le biologiste Norman Myers, qui évaluait à 200 millions le nombre de réfugiés climatiques en 2050, reste une valeur guide, qui aboutirait au doublement du nombre actuel des migrants internationaux.

« Ce chiffre est potentiel, nuance Johannes Frühmann, du SERI, un institut de recherche basé à Vienne. Pour savoir s’il se réalisera, il faudrait mieux connaître le rôle des réseaux sociaux, du niveau économique, des facteurs culturels… Nous avons besoin de plus étudier ces questions. » Ce champ de recherche, où se croisent deux domaines qui s’ignoraient, l’environnement et les migrations, reste largement à défricher. Lire la suite

Dordogne : le grand défi du bio dans les écoles

Sud-Ouest, Christine Heim, le 13 Octobre 2008

SEMAINE DU GOÛT. Du bio dans les assiettes de la cantine? Toutes les collectivités en parlent. Encore faut-il donner aux producteurs de la filière les moyens de se structurer et de répondre à la demande

Le grand défi du bio

Entre autres initiatives lancées dans les établissements scolaires à l’occasion de la Semaine du goût, qui débute aujourd’hui, plusieurs écoles du département proposeront à leurs élèves des repas préparés à partir de produits bio. Un projet mené notamment dans les écoles de Saussignac ou de Saint-Nexans, à partir des réseaux de producteurs locaux.

Parallèlement, le Conseil général a mené une expérimentation au collège de Montignac : les élèves y ont mangé bio pendant toute la semaine dernière. « Cette opération doit permettre de sensibiliser les élèves mais aussi leurs parents à l’alimentation bio, explique Bernard Noël, responsable du service éducation et culture au Conseil général. Un groupe de réflexion est au travail sur le sujet. L’objectif est qu’en 2009 tous les collèges proposent une fois par mois un repas bio. »

Actuellement, seuls les élèves de l’école de Tursac mangent bio toute l’année, et ce depuis 2000. Dans les autres établissements, ce type de repas reste proposé de façon ponctuelle, même si la volonté de s’y mettre est très souvent évoquée par les élus, comme c’est le cas à Périgueux.

Structurer la filière.

« Le bio dans les écoles, il n’y a pas une commune en Dordogne qui ne l’ait évoqué lors d’un Conseil municipal, souligne Emmanuel Marseille, directeur de l’association Agrobio. Mais il faudrait commencer par structurer la filière et lui donner les moyens de produire avant de penser à la restauration collective. »

À l’heure actuelle, la production départementale suffit à peine à couvrir les besoins des marchés et des associations de vente directe du consommateur au producteur. « Nous avons en Dordogne la plus grande coopérative bio de la région, mais seulement 2 % des produits viennent du département.»

Bien sûr, Agrobio soutient les initiatives dans les écoles, mais dans certaines limites. « On accompagne les collectivités dans des démarches à petite échelle, comme à l’école de Campsegret et au collège de Thenon. C’est valorisant pour les chefs qui cuisinent les produits, et proposent des plats moins uniformes. Et les élèves apprécient. »

Se donner les moyens.

En revanche, l’idée de proposer un repas bio par mois dans les collèges « ne nous semble pas pertinente. La filière bio en Dordogne n’est pas prête à répondre à des demandes de cette quantité. Lire la suite

Astobelarra : Le message écolo du chef Seattle en basque

Sud-Ouest, le 13 Octobre 2008

MAULÉON-LICHARRE. « Les paroles du chef Seattle », édité par Astobelarra, était présenté chez Allande Etxart le 4 octobre

Leçons de vie

Astobelarra (le grand chardon), association principalement composée de Souletins mais également de Basques de toutes les provinces, édite depuis quelques temps des textes d’auteurs locaux. Après la parution l’an passé de « La lettre à l’éléphant », l’association a décidé de lancer une collection, au rythme d’une publication par an, dont le thème principal est l’écologie.

« En réponse aux problèmes de pollution qui font partie intégrante des tristes actualités de notre époque, nous avons envie d’ouvrir les yeux aux hommes. Le défi paraîtra prétentieux à la plupart, mais si nous ne bougeons pas, qui le fera ? », interroge Laurent Caudine, membre d’Astobelarra. « Les paroles du chef Seattle » est donc le deuxième opus de cette collection.

« Le message écologique de ce texte est fort et simple, nous espérons que les gens sauront l’intercepter et le comprendre pour, qu’en fait, chacun fasse un petit geste pour sauver la planète à laquelle nous appartenons », explique Piarres Erdozaintzi, membre de l’association. « Le but de la publication de ce texte avant-gardiste, puisque datant du milieu du 19e siècle, est d’enrayer la vision homo-centriste que nous avons du monde. Nous essayons de faire absorber ce message universel pour que les gens voient de quelle manière prétentieuse l’homme gère la planète alors qu’il n’en est qu’une partie » continue Laurent Caudine.

Un texte contesté.

Ce discours aurait été prononcé par un grand chef amérindien, le chef Seattle, auquel le président des États-Unis demandait de lui vendre sa terre. Le chef Seattle lui aurait donc fait cette réponse où il explique qu’il ne comprend pas comment il pourrait vendre ce à quoi il appartient. Le texte a été retranscrit par un certain docteur Phillips, trente années après son élocution. Il en existerait trois versions différentes.

« Ces textes sont fortement contestés par les historiens qui pensent qu’il s’agit en fait de la réunion de plusieurs discours de plusieurs chefs amérindiens. Mais, en fait, la véracité de ces propos et leur appartenance à tel ou tel personnage n’est pas ce qui importe. Ce qui compte, c’est le message universel qu’il passe », confie Laurent Caudine.

Support.

 

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Gujan-Mestras : AG de l’asso de défense des eaux du bassin

Sud-Ouest, Jacky Donzeaud, le 13 Octobre 2008

GUJAN-MESTRAS. Assemblée générale de l’association de Défense des eaux du Bassin

Débats autour de l’eau

L’association de Défense des eaux du bassin a réuni son assemblée générale, jeudi soir, à la salle des fêtes

L’association de Défense des eaux du bassin a réuni son assemblée générale, jeudi soir, à la salle des fêtes. Cette assemblée s’est tenue en présence de Jacques Chauvet, conseiller général et premier adjoint. Dans son préambule, le président, Jean-Claude Daisson, a regretté l’absence des professionnels de la mer.

«J’aurais aimé qu’il y ait davantage d’ostréiculteurs. Ils sont directement concernés par la qualité des eaux.» Cette association de défense du plan d’eau créée par Charles Martin et Jean Dupin en 1964 a toujours œuvré contre la pollution du bassin. Trois fois par an, l’association fait réaliser des prélèvements. Jean-Claude Daisson a regretté que la CLIS (Commission locale d’information et de suivi des eaux du bassin) «ne distille ses informations qu’au compte-gouttes».

Une volonté de transparence.

Lors de cette AG, Jacques Chauvet, conseiller général, a pris la parole: «Il y a une volonté des politiques d’aller vers plus de transparence, la CLIS est sûrement imparfaite mais ne demande qu’à évoluer. Ce sont vos actions qui ont conduit les politiques à mieux communiquer car nous sommes tous concernés par le plan d’eau, c’est notre intérêt.»

Les différents intervenants ont salué les travaux réalisés par le Siba en matière d’assainissement avec l’ouverture des stations d’épuration de Biganos et de La Teste mais ont dénoncé un réseau vieillissant et loin d’être adapté à l’augmentation démographique. Le nombre de bateaux sur le plan d’eau et la présence d’irgarol dans les peintures anti-salissures est un autre sujet d’inquiétude pour les membres de l’association.

Les eaux pluviales. Lire la suite

Se préparer à une longue et grave période de récession

La Réforme, 9 octobre 2008, par Jean-Luc Mouton

Philippe Dessertine, directeur de l’Institut de la haute finance:

« Il nous reste à gérer la catastrophe financière» Philippe Dessertine, directeur de l’Institut de la haute finance, analyse les raisons de la crise financière et ses conséquences sur notre quotidien. Une vision pessimiste, mais lucide sur la récession qui ne manquera pas de toucher les économies occidentales. Quelles mesures convient-il de prendre pour limiter les effets du séisme ?

Entretien. Fragments de l’entretien paru dans Réforme de cette semaine

Où en sommes-nous de cette crise économique ?

Nous avons évité la très grosse catastrophe. Le refus du plan Paulson aurait eu des conséquences si néfastes qu’il ne pouvait que recevoir l’approbation du Congrès américain. Le problème est que ce plan n’est pas bon. Il est très compliqué à mettre en œuvre et ses conséquences favorables ne se feront sentir que tardivement et partiellement. Ce plan ne vise que les problèmes de l’industrie financière américaine et n’apporte aucune réponse à la récession qui est en train de se profiler. Le plan Paulson a évité une spirale d’effondrement de tout le système financier à très court terme mais, à échéance d’un mois, la glissade peut reprendre de plus belle et n’être point seulement financière, mais bouleverser l’économie réelle. La vraie conséquence de cette crise financière que l’on attendait pour le moins de novembre est en train d’advenir, d’abord aux Etats-Unis, où les chiffres du chômage sont d’ores et déjà désastreux.

La situation est vraiment dramatique. Je suis assez pessimiste depuis quelques temps, mais nous sommes aujourd’hui appuyés par des chiffres officiels. Pendant quelques jours, nous avons été trop focalisés par le problème de la crise financière, la vraie difficulté est la récession qui se profile.

Ces derniers temps, nous étions dans la hantise des problèmes d’épargnants. Le pire serait, bien sûr, une panique généralisée des épargnants qui videraient leurs comptes. Il faut évidemment espérer que ce phénomène ne se produise pas. Mais dans ce contexte, affirmer qu’il n’y a pas de risques sur les banques françaises parce que l’Etat va assumer les risques – ce qui a semblé soulager les épargnants – peut se transformer en une véritable menace pour la suite. En effet, quand la crise va se prolonger, les Etats – et en particulier l’Etat français très endetté – auront de moins en moins de possibilités d’action à moins de faire à nouveau appel à l’emprunt et à de nouveaux endettements. Car cette dépression risque bien de durer. On peut dire aujourd’hui que les deux prochaines années seront extrêmement mauvaises, mais on peut aussi penser que le redressement prendra de longues années, à l’exemple de ce qui s’est passé au Japon, où la récession a duré dix ans. Lire la suite

Après 500 ans, le capitalisme touche t’il à sa fin ?

Le Monde, Immanuel Wallerstein propos recueillis par Antoine Reverchon, le 11 octobre 2008

« Le capitalisme touche à sa fin »

Signataire du manifeste du Forum social de Porto Alegre (« Douze propositions pour un autre monde possible »), en 2005, vous êtes considéré comme l’un des inspirateurs du mouvement altermondialiste. Vous avez fondé et dirigé le Centre Fernand-Braudel pour l’étude de l’économie des systèmes historiques et des civilisations de l’université de l’Etat de New York, à Binghamton.  

Comment replacez-vous la crise économique et financière actuelle dans le « temps long » de l’histoire du capitalisme ?

Immanuel Wallerstein : Fernand Braudel (1902-1985) distinguait le temps de la « longue durée », qui voit se succéder dans l’histoire humaine des systèmes régissant les rapports de l’homme à son environnement matériel, et, à l’intérieur de ces phases, le temps des cycles longs conjoncturels, décrits par des économistes comme Nicolas Kondratieff (1982-1930) ou Joseph Schumpeter (1883-1950). Nous sommes aujourd’hui clairement dans une phase B d’un cycle de Kondratieff qui a commencé il y a trente à trente-cinq ans, après une phase A qui a été la plus longue (de 1945 à 1975) des cinq cents ans d’histoire du système capitaliste.

Dans une phase A, le profit est généré par la production matérielle, industrielle ou autre ; dans une phase B, le capitalisme doit, pour continuer à générer du profit, se financiariser et se réfugier dans la spéculation. Depuis plus de trente ans, les entreprises, les Etats et les ménages s’endettent, massivement. Nous sommes aujourd’hui dans la dernière partie d’une phase B de Kondratieff, lorsque le déclin virtuel devient réel, et que les bulles explosent les unes après les autres : les faillites se multiplient, la concentration du capital augmente, le chômage progresse, et l’économie connaît une situation de déflation réelle.

Mais, aujourd’hui, ce moment du cycle conjoncturel coïncide avec, et par conséquent aggrave, une période de transition entre deux systèmes de longue durée. Je pense en effet que nous sommes entrés depuis trente ans dans la phase terminale du système capitaliste. Ce qui différencie fondamentalement cette phase de la succession ininterrompue des cycles conjoncturels antérieurs, c’est que le capitalisme ne parvient plus à « faire système », au sens où l’entend le physicien et chimiste Ilya Prigogine (1917-2003) : quand un système, biologique, chimique ou social, dévie trop et trop souvent de sa situation de stabilité, il ne parvient plus à retrouver l’équilibre, et l’on assiste alors à une bifurcation.

La situation devient chaotique, incontrôlable pour les forces qui la dominaient jusqu’alors, et l’on voit émerger une lutte, non plus entre les tenants et les adversaires du système, mais entre tous les acteurs pour déterminer ce qui va le remplacer. Je réserve l’usage du mot « crise » à ce type de période. Eh bien, nous sommes en crise. Le capitalisme touche à sa fin. Lire la suite