Droites européennes à l’offensive contre le « paquet climat »

Le Monde, Philippe Ricard (bureau de Bruxelles), le 26 septembre 2008.

Les droites européennes à l’offensive contre le « paquet climat » de Jean-Louis Borloo

C’est une fronde qui va compliquer l’agenda européen de Jean-Louis Borloo. Le ministre de l’écologie a poursuivi mercredi 24 septembre, à Bruxelles, le marathon diplomatique qui doit lui permettre d’arracher un accord sur le paquet climat/énergie en cours de discussion au sein des Vingt-Sept. Avec un objectif en tête pour le promoteur de la « croissance verte » : réduire de 20 % les émissions de CO2 d’ici à 2020, tout en développant les renouvelables, selon les engagements pris par les chefs d’Etat et de gouvernement, sous la houlette de la chancelière allemande Angela Merkel, en mars 2007.

En mars 2007, les Vingt-Sept se sont engagés sur un triple objectif : 20 % de réduction de gaz à effet de serre, 20 % d’énergies renouvelables, 20 % d’économies d’énergie, entre 2013 et 2020.

L’objectif de la Commission et de la présidence française est d’obtenir un accord des gouvernements sur le paquet en décembre avant de le faire entériner par un vote du Parlement au printemps 2009.

Nicolas Sarkozy a bon espoir de mettre en musique cette ambition sous sa présidence, mais M. Borloo est confronté à la grogne de la plupart des eurodéputés conservateurs, dont les Français de l’UMP, qui remettent en cause les modalités du paquet proposées en janvier par la Commission européenne.

Mercredi soir, Joseph Daul, qui préside au Parlement européen le groupe du Parti populaire européen (PPE), celui des droites traditionnelles, l’a lui-même constaté, après avoir réuni ses troupes : une « écrasante majorité » d’élus de droite, a-t-il dit, milite, presque toutes nationalités confondues, pour une meilleure prise en compte des intérêts de l’industrie dans le fonctionnement de la bourse d’échange des quotas payants d’émission de CO2, l’un des dispositifs aujourd’hui au coeur de la bataille.

Les uns exigent l’allocation massive de quotas gratuits, afin d’éviter la délocalisation des entreprises les plus consommatrices en énergie, et les plus polluantes. Les autres, originaires des nouveaux pays membres, dénoncent la vente à 100 %, dès 2013, des « permis de polluer » réservés aux centrales électriques. « Après le ralentissement économique, tout le monde est devenu très nerveux, observe M. Daul. Avec la crise financière, le cocktail est aujourd’hui explosif. »

La fronde contre le paquet législatif qui doit permettre à l’Europe de respecter ses engagements a d’abord été menée par les élus chrétien-démocrates allemands. A l’instar de la chancelière Merkel, ces derniers sont devenus au fil des mois particulièrement sensibles aux arguments des milieux industriels. Tandis que M. Borloo espère un compromis d’ici à la fin de la présidence française, en décembre, certains élus allemands ont tout fait pour retarder l’examen du paquet. « Ils parient sur la chute de la grande coalition allemande, et une victoire de Merkel, à Berlin, après les élections législatives de l’automne prochain », dit un diplomate.

« TOUT LE MONDE TRAVAILLE »

Avec la crise financière, le mouvement est en passe de faire tache d’huile au sein du PPE, tandis que les eurodéputés ont déjà les yeux rivés sur les élections européennes de 2009. « Nous soutenons complètement le calendrier de M. Borloo pour un accord en décembre, mais nous voulons des réaménagements afin de prendre en compte le contexte économique », indique Françoise Grossetête, une des spécialistes du paquet au sein de la délégation française. « Tous les élus UMP sont sur cette ligne. » Mercredi soir, la rapporteuse PPE sur le sujet, l’Irlandaise Avril Doyle, qui soutient la Commission européenne, a été priée de prendre en compte les positions de ses collègues avant un vote crucial au sein de la commission Environnement, le 7 octobre prochain.

M. Borloo minimise à ce stade l’opposition des élus PPE. « Tout le monde travaille, c’est plutôt bon signe », a-t-il observé à Bruxelles mercredi. Les diplomates français veulent faire preuve de pragmatisme : « On ne remet pas en cause les paramètres fondamentaux, mais on acceptera tout ce qui peut permettre d’avoir un meilleur rapport coût-efficacité », dit un négociateur. Très sensible, le sujet devrait figurer au menu de la prochaine réunion entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, le 10 octobre.

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