Comprendre l’hégémonie occidentale

Sciences Humaines, Grands dosiers N° 12, septembre, octobre et novembre 2008, Laurent Testot

Comprendre l’hégémonie occidentale

Le 19 novembre 1835, les quelque 2 000 Morioris qui peuplaient les îles Chatham furent impitoyablement massacrés par 500 envahisseurs armés de fusils. Ils ne purent opposer aucune résistance et, selon les termes d’un des survivants, «furent égorgés comme des moutons». On aurait pu croire que les agresseurs, des Maoris venus de Nouvelle-Zélande, à 800 km à l’ouest, et débarquant dans un archipel peuplé par des gens de même origine ethnique, auraient pu adopter un autre comportement. Vers l’an 1000 de notre ère, les peuplades polynésiennes, alors en expansion dans tout le Pacifique, atteignaient et colonisaient la Nouvelle-Zélande. Un siècle plus tard, elles faisaient de même avec les îles Chatham. Mais cet archipel froid et isolé n’offrait qu’un environnement désertique, sans espèces animales ou végétales domesticables. Ces explorateurs durent abandonner la culture des plantes tropicales qui fondait leur civilisation, et se rabattre sur les poissons, les œufs et les coquillages, limitant leur population par l’infanticide si besoin. À défaut de surplus agricole et d’une population suffisante, la division du travail ne put émerger. Par suite de leur isolement, ils restèrent à l’écart des innovations technologiques et connurent même une régression en la matière, ne pouvant plus construire, faute d’arbres, les pirogues qui avaient assuré les voyages de leurs ancêtres.

Les bienfaits de la nature

Cet épisode est une des nombreuses «anecdotes» qui émaillent De l’inégalité parmi les sociétés, un livre du biologiste californien Jared Diamond. Il illustre bien son propos: la nature distribue inégalement ses bienfaits. Ce qui explique les différences entre sociétés ne saurait donc être une prétendue supériorité raciale ni le hasard voulu par la Providence, mais bien plutôt: 1) les ressources offertes par le milieu où se développe telle ou telle société; et 2) l’usage qu’elle a su ou pu en faire.

On peut accepter les thèses de J. Diamond, ou les nier au motif qu’elles seraient trop brutales ou trop déterministes. Ce serait facile si aucun auteur n’avait abondé dans son sens. Hélas, le monde des livres anglo-saxons s’est montré friand, depuis des décennies, de ce type de grande fresque historique prétendant apporter des réponses à de très vastes questionnements. À cet égard, aucun autre champ de spéculation n’a été plus exploité que celui qui entend répondre à la question: pourquoi l’Europe a-t-elle imposé son hégémonie sur le monde, du XVIe au XXe siècle ?

L’Europe, petite péninsule excentrée de l’immense continent eurasiatique, a dominé politiquement, économiquement et militairement le monde, du XVe au XXe siècle. Ce fait tient-il du hasard, de la prédestination ou de raisons objectives? Lire la suite

Rencontres de l’Economie Sociale Atlantique les 9 et 10 oct.

Rencontres de l’Economie Sociale : utopies d’hier, réalité d’aujourd’hui, perspectives pour demain

Née des utopies du 19ème siècle, l’économie sociale représente maintenant un poids économique conséquent avec 10% du PIB, 200 000 entreprises et 2 millions de salariés. Quelles sont ses perspectives pour demain ?

Afin de construire l’Economie Sociale de demain, les acteurs des régions atlantiques sont invités à échanger et travailler sur des scénarios et actions concrètes à mener collectivement en participant aux prochaines Rencontres de l’Economie Sociale Atlantique (RESA) les 9 et 10 octobre 2008 à Guidel (Morbihan).

Cette construction collective s’appuiera sur l’analyse de plusieurs champs d’actions stratégiques :

Santé et Solidarités : l’économie sociale peut-elle encore générer des solidarités face aux évolutions actuelles du système de santé et de protection sociale ?

L’E.S.S. dans l’Europe : comment son ancrage territorial et ses valeurs sociales et solidaires peuvent être en prise avec les évolutions de son environnement européen et celles de l’économie mondialisée ?

Innover et entreprendre : l’entrepreneur de l’E.S.S. peut-il manager autrement pour que l’économie sociale et solidaire reste une force de transformation économique et sociale ? Comment soutenir et rendre visible sa capacité d’innovation ?

Habitat et développement durable : quels apports de l’E.S.S. aux enjeux du développement durable ,

Cohésion sociale : quelles réponses de l’E.S.S. à la montée des inégalités, à la paupérisation ?

Les jeunes et l’engagement dans l’E.S.S. : quel regard les jeunes portent-ils sur l’E.S.S. ? Quelles sont leurs attentes ? Quelle place leur fait-on ?

Par ailleurs, deux tables rondes transversales viendront éclairer le débat :

– ESS : quelles relations au marché ?

Politiques territoriales et ESS : quelles relations, quelles coopérations demain ?

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Bilan de l’Ecofestival du Périgord

Sud-Ouest, le 15 septembre 2008, Julie Martinez

SAINT-PIERRE-DE-FRUGIE. Les visiteurs de l’écofestival ont pu se renseigner sur la construction écologique

La maison verte

Ils avaient presque tous l’écologie chevillée au corps, les visiteurs du 3e écofestival, ce week-end à Saint-Pierre-de-Frugie. Ils n’ont pas hésité à venir des départements limitrophes ou de bien plus loin et à traverser le chemin un tantinet glissant de la châtaigneraie pour venir parfaire leurs connaissances en techniques et matériaux écologiques.

Si les enfants ont pu allégrement profiter des ateliers spécialement concoctés pour eux ou du manège à pédales d’Albert David, les adultes, eux, étaient là pour des choses bien plus sérieuses.

Les bras chargés de documentation, ils se baladaient de pôle construction en pôle laine à la recherche d’informations. Comme ce couple de Saint-Léon-sur-L’Isle venu se renseigner sur le traitement de l’eau. « On a une sensibilité particulière pour ces techniques », explique monsieur. « C’est agréable de venir ici, de retrouver des gens plus ou moins dans la même démarche que nous. L’écologie, c’est une façon de vivre mais aussi de consommer bien différente de la tendance actuelle », note son épouse.

Respectueux de la nature. Cuves pour la récupération de l’eau de pluie, chauffe-eau solaire, plaque d’isolation en coton recyclé ou maison de paille, tous les exposants, pour réaliser un logement parfaitement respectueux de la nature, s’étaient donné rendez-vous dans ce petit coin de verdure aux confins du département.

Concevoir sa maison, c’est justement ce que Marie-Anne Vitry a décidé de faire. Pour cela, elle n’a pas hésité à faire la route depuis Ruelle, en Charente, pour venir se renseigner en famille sur les maisons à ossature en bois. « Nous sommes venus visiter l’écocentre il y a six mois. Nous avons acheté un terrain et nous avons déjà une idée de ce que nous voulons, une maison à ossature en bois avec des panneaux solaires pour une très basse consommation », explique Marie-Anne Vitry. Sur place, ce sont plus les entreprises qui correspondent à son projet que des explications qu’elle est venue chercher. « Nous sommes des écologistes de conviction. On se projette, on veut une maison aux normes de 2010-2020 et une bonne conception pour minimiser la consommation d’énergie. » Et cette maison, ce n’est pas en rase campagne qu’ils comptent l’édifier mais en ville, dans l’agglomération angoumoisine. Lire la suite

Face aux inondations, repenser l’affectation des sols

Le Monde, 15 septembre 2008, Gaëlle Dupont

Face à l’aggravation des inondations, repenser l’affectation des terres et des sols

Depuis plusieurs semaines, des inondations dévastent de nombreuses régions du monde. En Inde, le bilan officiel fait état de près de cent cinquante morts et de millions de sinistrés. En Afrique de l’Ouest, une quarantaine de personnes sont mortes et 130 000 auraient été affectées. En Haïti, les inondations et coulées de boue consécutives au passage des tempêtes tropicales Fay, Hanna, Gustav et Ike ont provoqué la mort de plusieurs centaines de personnes et en ont touché près d’un million d’autres. La Grande-Bretagne et le Vietnam ont également été frappés, mais dans des proportions moins importantes.

Au-delà des pertes humaines, les conséquences sont multiples : destruction d’habitations, d’infrastructures, de récoltes, diffusion de maladies hydriques comme le choléra, déplacements de populations… « De nombreuses personnes perdent leurs moyens de subsistance. Elles sont contraintes de quitter leur lieu de vie et de vendre tous leurs biens ou d’emprunter de l’argent, simplement pour se nourrir, explique Colin Green, du Centre de recherche sur les inondations, basé à l’université du Middlesex, en Grande-Bretagne. Elles peuvent mettre des années à se remettre, voire ne pas se remettre du tout. » D’autant plus que les personnes touchées, qui résident dans des zones vulnérables où le prix du logement est bas, sont également les plus pauvres.

Les inondations sont chaque année plus nombreuses, et cette évolution devrait se poursuivre. En 1990, le Centre de recherche sur l’épidémiologie des désastres (CRED) en avait dénombré une soixantaine, contre plus de 200 en 2007. Pour cette dernière année, elles ont provoqué 8 500 morts, affecté 177 millions de personnes et ont causé des pertes évaluées à 17 milliards d’euros.

Plusieurs facteurs expliquent cette tendance, en premier lieu le changement climatique. « Le cycle de l’eau est la partie la plus sensible du système climatique, explique Andras Szöllösi-Nagy, chef du programme hydrologique de l’Unesco. Sous l’effet du réchauffement des températures, il pourrait être en train d’accélérer. »

Les conséquences de ce phénomène sur la distribution des précipitations sont discutées au sein de la communauté scientifique, mais un consensus se dégage sur la probabilité de subir plus fréquemment des pluies intenses, et donc des inondations. Parler de crue décennale ou centennale n’a plus de sens, proclament les hydrologues. Lire la suite

La future maison éco-citoyenne de Bordeaux

Sud-Ouest, le 15 septembre 2008, Léa Outier

QUAI RICHELIEU. L’ancien centre d’embauche des dockers doit être transformé en maison écocitoyenne. Retour sur un vestige du port miraculeusement conservé

Durablement sauvé

Les initiés l’appellent le BCMO. Pour Bureau central de recrutement de la main-d’œuvre. Au pied du pont de pierre, les joggers passent devant lui sans le regarder. Sans savoir qu’au beau milieu des quais désormais rénovés trône ce vestige de l’histoire portuaire de Bordeaux.

Ce bâtiment sera reconverti en 2009 en maison écocitoyenne. Là où les dockers venaient, deux fois par jour, chercher du travail pour la journée, les Bordelais trouveront expositions et conférences sur le développement durable.

Dans les bistrots. Une transformation, pour ce bâtiment construit dans les années 50 sur le quai Richelieu. « À l’époque, les dockers devaient être près de 3 000 à Bordeaux, se souvient Robert Chevet, ancien capitaine au long cours et auteur de plusieurs livres sur l’histoire du port de Bordeaux (1). L’embauche se faisait dans les bistrots rive droite et rive gauche. » En 1947, une loi nationale officialise le statut des ouvriers des quais. Et entraîne une réorganisation à Bordeaux : deux points d’embauche sont créés sur chacune des rives.

Les autorités portuaires ont alors un souhait : centraliser le recrutement des dockers. D’où la construction, vers 1952, du local du quai Richelieu. Les ingénieurs s’appliquent à respecter l’architecture qui l’entoure : un profil horizontal, du béton, et de la pierre artificielle. Une allure faussement XVIIIe, qui trompe encore certains passants. Lire la suite

L’urbanisme raisonné en secteur rural – Agen / San Sébastian

L’urbanisme raisonné en secteur rural – Agen / San Sébastian

Dans le cadre du programme PUCA, l’INDL organise avec le CAUE 47 des journées d’études autour des enjeux de l’urbanisation en milieu rural (le foncier, la place du développement durable, les écoquartiers, etc.) les 1 & 2 octobre à Agen et 3 octobre à San Sébastian

Ces journées sont organisées par : la Préfecture de Lot-et-Garonne, le Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement de Lot-et-Garonne (CAUE47), l’Institut National du Développement Local 

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Grenelle et Education à l’environnement pour le DD

NaturaVox, lundi 15 septembre 2008, RG

Cerise sur le gâteau Grenelle

L’éducation a eu toutes les peines du monde à faire sa place dans le processus du Grenelle de l’environnement. Voilà, en fin de parcours, la sensibilisation, l’information et la formation du public aux questions d’environnement et de développement durable qui viennent se faire leur place. Cela pourrait bien être le signe d’une réelle avancée.

Le « Comop 34 » a démarré ses travaux le 4 septembre dans les locaux du cabinet de Jean Louis Borloo. Un Comop c’est un comité opérationnel chargé de mettre en musique les résolutions qui sont prises dans le cadre du Grenelle de l’environnement.

33 « Comops » ont été mis en place suite aux conclusions des tables rondes et au discours du Président de la République de fin octobre 2007 quand Al Gore et quelques autres étoiles (espérons pas filantes) de l’environnement international étaient venues nous voir à Paris. Un ensemble de propositions devaient être fait pour le 15 mars « afin notamment d’alimenter le projet de loi de programmation du printemps 2008 ». Bon, le processus a pris quelques retard, mais aujourd’hui le projet de loi est sur nos bureaux, qu’on soit de l’Etat, des collectivités, des entreprises ou de la société civile… et on attend ardemment que les représentants du peuple s’emparent de nos travaux et nous fassent une belle et bonne loi.

Vent frais fleurant bon le terrain !

En ce qui concerne l’éducation à l’environnement on ne va pas refaire le film, le lecteur pourra revenir aux articles précédents, mais il faut rappeler qu’on reste un peu sur notre faim après les travaux du Comop 26 « Education » présidé par Jacques Brégeon. Nous étions plus de 80 dans ce groupe, nous avons travaillé des heures et des heures. Nous avons été cantonné contre notre gré à l’enseignement scolaire (vision on ne peut plus restrictive de l’éducation) et le président lui même ne sait pas nous dire aujourd’hui ce qui en sera retenu !… silence… expectative… suspens… qu’en ressortira-t-il ? Nous sommes à l’affût du moindre mouvement. Apparemment rien ne bouge ! Nous espérons être démenti au plus tôt, tant nos écoles, collèges, lycées, facs et grandes écoles tireraient grand bénéfice d’un vent frais fleurant bon le terrain !

Avec les participants du comop 34 les acteurs de l’éducation à l’environnement se réjouissent donc de voir à nouveau mise sur l’établi la question de la culture de la société, parce que oui, c’est bien de cela qu’il s’agit : le changement de culture en profondeur que nous avons à vivre collectivement et de toute urgence pour trouver un terme heureux à la crise écologique et sociale que nous connaissons sur la planète Terre.

Degré « 0 » de la coordinationLire la suite