Doit-on construire la ville avec ses habitants ?

Toogezer, Nathanael Rouny 11 août 2008

Doit-on construire la ville avec ses habitants ? À priori, la réponse est oui. Mais s’en donne-t-on réellement les moyens ? Depuis quelques décennies, toutes sortes d’initiatives ont été entreprises pour faire participer les habitants à la vie de leur quartier, mais sans véritable succès. Aujourd’hui, cette question refait surface, dans le milieu associatif surtout, avec plus d’acuité que par le passé, mondialisation oblige. Explications.

Petite devinette: qui est le mieux placé, entre un élu, un urbaniste, un sociologue et un habitant, pour apprécier ce qu’est une vie urbaine de qualité? Réponse: tous les quatre! Seulement voilà, force est de constater que la participation citoyenne aux questions d’urbanisme – dont l’enjeu principal est la cohésion sociale – est bien souvent réduite à la portion congrue. Des associations, des conseils de quartier, etc., existent certes ça et là pour que les habitants prennent davantage part au développement de leur ville. Mais l’implication de ces derniers dans les projets urbains est généralement tardive – quand elle ne sert pas à légitimer des décisions déjà prises.

C’est pourquoi, depuis les années 1960 déjà, de nombreuses initiatives ont été lancées pour permettre «la construction collective de projets urbains» – pour reprendre les termes du sociologue et urbaniste, Philippe Verdier. Leur principe? Donner la possibilité à chaque habitant de s’exprimer – et d’être écouté – tout au long du processus de concertation publique qui conduira à terme à l’aménagement d’un «morceau de leur ville». «Pour autant, écrit Philippe Verdier, les pratiques d’implication des habitants dans les projets urbains peinent à sortir du stade expérimental et à se généraliser.»

Expertise citoyenne

Pour sortir de cette impasse, le sociologue et urbaniste préconise alors d’accompagner l’expression citoyenne par «des démarches professionnelles». Autrement dit, de faire participer les habitants à chacune des cinq étapes d’un projet urbain classique (découverte et diagnostic; hypothèses de programme(s); images-exemples et concertation; plan-guide, négociations et communication; premières réalisations et «retour sur projet»). Car en effet – et c’est là que se trouvent sans nul doute les fondements d’une nouvelle gouvernance à l’échelle locale –, à l’instar des élus, des urbanistes et des sociologues, les habitants ont également des compétences et des connaissances à faire valoir lors de la conception de tels projets – ils connaissent leur quartier mieux que quiconque. Or, pour Philippe Verdier, comme pour bien d’autres, c’est de ce postulat que peut naître une démocratie participative digne de ce nom. L’expertise citoyenne devient aujourd’hui nécessaire pour revigorer et nourrir l’expertise institutionnelle.

Ainsi, peu à peu, – loin de l’effervescence médiatique – de nombreuses «initiatives populaires» voient le jour, en France comme à l’étranger, dans lesquelles les citoyens retrouvent pleinement leur place. C’est le cas par exemple dans le quartier de Belleville à Paris où, il y a deux ans, sous l’impulsion de plusieurs collectifs locaux (Réseau d’échanges de savoirs de Belleville-Ménilmontant, Comité Métallos, la Bellevilleuse) et avec l’appui méthodologique de l’Adels (Association pour la Démocratie et l’Education Locale et Sociale), un forum participatif, nommé «Projet Belleville partici-passion», a été mis en place. Constitué des acteurs de la vie sociale du quartier (associations, élus, citoyens), son objectif était d’«élaborer un diagnostic, d’analyser les différentes pratiques citoyennes, sociales et associatives sur Belleville, de mieux comprendre le décalage entre la passion et l’institution, d’agir dessus et ainsi favoriser la participation citoyenne.»

«Initiatives populaires»

En décembre dernier, un bilan de cette expérience a été tiré collectivement par toutes les parties prenantes. Si les analyses ont été riches et les enseignements nombreux, les initiateurs du Projet Belleville Partici-passion ont toutefois remarqué que l’engagement citoyen dans les politiques locales ne va pas de soi, que les aspirations des habitants à s’investir pleinement dans la vie sociale de leur quartier ne se traduisent pas forcément en actes concrets. De plus, a été mis en évidence un net décalage entre les discours des institutions et leurs pratiques réelles. Le chemin qui mène à plus de démocratie locale est donc encore semé d’embûches. Mais déjà, des avancées sont patentes.

Ailleurs en Europe, des démarches similaires à celle de Belleville ont été entreprises, comme dans le quartier de Tenever à Brême (en Allemagne). Dans les années 1990, les pouvoirs publics n’avaient pas jugé utile de faire participer la population à la requalification de ce quartier, devenu un «ghetto social». Mais depuis, les habitants ont obtenu le droit de siéger au sein de l’assemblée de quartier. Désormais, ils peuvent discuter et débattre entre eux, et avec les différents responsables concernés, des problèmes de la vie quotidienne comme des projets à réaliser pour le développement de leur quartier. Particularité de Tenever: tous les habitants, quel que soit leur statut, disposent d’un droit de veto sur chacun de ces projets. De fait, une culture du dialogue et de la négociation s’est progressivement instaurée et plus de 300 projets ont ainsi été menés. Une idée à prendre de ce côté-ci du Rhin?

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