Environnement : des produits locaux, sinon rien !

Le Point, le 4 septembre 2008, de notre correspondante aux États-Unis, Hélène Vissière

Environnement : des produits locaux, sinon rien !

Les « locavores » sont de fervents adeptes des aliments exclusivement issus d’une agriculture de proximité afin de limiter la production de CO2.

Depuis un an, Leda Meredith ne mange plus d’oranges, de bananes ou d’avocats. Elle a aussi banni de son alimentation le riz, le chocolat et le sucre. Parce que rien de tout cela ne pousse aux environs de New York. Cette jolie rousse, professeur de danse, est une « locavore ». Elle ne se nourrit que d’ingrédients produits dans un rayon de 400 kilomètres autour de son appartement de Brooklyn. Mais rassurez-vous, elle n’a pas l’air famélique ! A l’entendre, elle ne s’est jamais sentie aussi bien.

Le mouvement locavore est né à San Francisco. En 2005, quatre copines se lancent un défi : manger local et en saison pendant un mois. Pas vraiment révolutionnaire, direz-vous ? Après tout, il y a moins d’un siècle, tous les humains étaient locavores. Oui, mais voilà, aujourd’hui le moindre aliment parcourt en moyenne 2 400 à 4 800 kilomètres entre le lieu de production et l’assiette du consommateur, avec des conséquences sur l’effet de serre. Une distance qui a augmenté de 25 % depuis 1980 et qui ne cesse de s’allonger.

Désormais, les locavores font des émules dans tout le pays. L’an dernier, le terme est même entré dans le dictionnaire New Oxford American. Peur du réchauffement climatique, crainte de l’obésité, volonté de soutenir les petits fermiers, ou tout simplement désir de manger une fraise au goût de fraise… Quelles que soient les motivations, ils sont de plus en plus nombreux à bouder les supermarchés. Parmi eux, des célébrités comme la romancière Barbara Kingsolver, qui a tiré un livre de son expérience en Virginie. On ne compte plus les blogs d’adeptes qui échangent des recettes, des adresses… Le meilleur gruau d’avoine ? Celui de Mills Farm, moulu dans un vieux moulin actionné par une mule répondant au doux nom de Luke, écrit un blogueur de Géorgie. L’une des cantines d’entreprise chez Google confectionne ses menus avec des ingrédients achetés dans un périmètre de 240 kilomètres. Même la télé s’y met. Dans un récent feuilleton policier, un des suspects se défend d’avoir commis un crime dans un fast-food. Son alibi ? Il est locavore !

Mais si l’on survit à peu près grâce aux productions du terroir en Californie, c’est une autre paire de manches dans une mégalopole comme New York, où, de plus, l’hiver est fort rude. En août 2007, Leda Meredith décide pourtant de tenter l’expérience. Pour un an. Adieu, donc, conserves, surgelés, Coca-Cola, poivre… Elle se met à explorer les marchés en plein air. A sa grande surprise, les environs de New York regorgent de fermes et elle trouve facilement de la viande, des légumes, du vin… Il y a même un apiculteur en plein Manhattan et un éleveur de poules dans le Bronx. Dans une foire, elle tombe un jour sur un petit producteur de haricots secs. Las, il ne vend qu’en gros. Elle rentre donc avec 45 kilos de fayots, soit quatre énormes sacs qu’elle partage avec ses voisins.

Entre deux expéditions sur les marchés, elle jardine dans son potager, congèle, conserve, met en bocaux toutes sortes de fruits et de légumes en prévision des longs mois d’hiver. « J’ai dû tout apprendre, car je n’ai pas grandi dans une ferme. Le plus dur a été de prévoir les quantités pour tenir tout l’hiver, et surtout de trouver un endroit où stocker la centaine de bocaux. » Dans son petit deux-pièces, il y en a partout, sous le lit, sur la bibliothèque, dans la penderie…

Chenilles grillées au pistou.

Chaque recette exige de sacrés acrobaties. Pour les gâteaux, par exemple, on remplace le sucre par du sirop d’érable. Mais à faible dose, car ça change le goût. Chaque locavore s’accorde quelques « exceptions », de petites entorses à la règle, histoire d’éviter la déprime totale. Leda a choisi l’huile d’olive, le café et le sel. Ce qui lui manque le plus, ce sont les épices. Botaniste de formation, elle se met alors à sillonner les parcs de New York et déniche de l’ail sauvage, de la moutarde et des plantes indigènes comme le laurier faux-benjoin, au goût de cannelle et de poivre noir, dont les Indiens parfumaient jadis leurs plats. Mais, suivant où l’on habite, cela donne parfois de drôles de menus. Gary Paul Nabhan, l’un des pionniers du mouvement, qui vit en Arizona, s’est nourri de chenilles grillées au pistou, de beignets de serpent à sonnette et de confiture de cactus orgue.

Leda a décidé de se cantonner à un périmètre de 400 kilomètres, ce qui correspond à peu près à un plein d’essence. Les puristes, eux, ne dépassent pas les 100 miles (160 kilomètres), s’interdisent souvent la viande et les laitages, bien trop polluants à produire, et vont jusqu’à collecter leur propre sel dans la mer. Un peu excessif pour Sarah Irani, une sculptrice de 27 ans qui habite une petite ville du Maryland. « Il faut que la cuisine reste un plaisir, pas une corvée. » Le gros de son alimentation provient des fermes des environs, mais elle ouvre à l’occasion une boîte de thon et continue à consommer du café, du thé et des épices. « L’exception Marco Polo », dans le vocabulaire locavore. « Je fonctionne par ronds concentriques. J’essaie de me fournir le plus près de chez moi, dans mon jardin, au marché, et si j’ai le choix entre des myrtilles de deux provenances, j’achète celles du New Jersey plutôt que celles de Californie. Il est impossible de vivre à 100 % de produits locaux, sinon c’est le scorbut assuré, conclut-elle en riant. D’ailleurs, dès la préhistoire, les humains ont fait du commerce de sel, d’épices… »

N’empêche… le régime locavore frôle l’abnégation. « En avril, après cinq mois de chou et de patates, je n’en pouvais plus. J’avais fait toutes les recettes possibles et imaginables. Lorsque j’ai vu les premières fraises, début mai au marché, j’ai presque dansé et j’en ai dévoré une barquette devant l’étal », raconte avec humour Leda Meredith.

Quand on habite Vancouver, c’est encore pire. J.B. MacKinnon et Alisa Smith, un couple de journalistes, a expérimenté pendant un an le « régime 100 miles ». Dans leur livre, Alisa avoue qu’un jour, confrontée à la perspective d’un énième repas de pommes de terre, elle explose : « Je tuerais pour un sandwich. » « Je vais t’en faire un », lui promet son mari. Avec quoi ? se demande-t-elle. Ils n’ont pas trouvé de farine pour faire du pain. Une heure plus tard, il pose devant elle quelque chose qui a bien un air de sandwich : du fromage de chèvre avec des poivrons et des champignons grillés, le tout enserré entre deux tranches de couleur brune. Du navet grillé ! Leda a de la chance, elle a trouvé un producteur de blé et un moulin. Elle confectionne donc elle-même ses pâtes et un pain savoureux qu’elle fait goûter accompagné d’un fromage de la vallée de l’Hudson et d’un rosé du coin. Cela n’a pas été sans mal. « Au début, le pain était dur comme de la pierre et j’ai mis des mois à le rendre mangeable. »

Du temps et de l’argent.

Car le locavore, outre un estomac blindé, doit aussi avoir du temps libre. Beaucoup de temps. « Si l’on veut manger local, on ne fait plus que cela, résume Sarah Irani. Ça prend des heures à préparer, planifier, il faut penser la veille à mettre à tremper les haricots secs. » Et c’est loin d’être économique. « Le poulet de supermarché, issu de l’agriculture industrielle, est nettement moins cher que celui du fermier. Mais si c’est le prix pour obtenir des produits frais, plus nutritifs, et rester en bonne santé, ça vaut la peine », estime Sarah.

Leda Meredith parle avec extase du goût incomparable de la tomate cueillie le matin même, des variétés de pêches qu’on ne voit jamais dans les grandes surfaces, car trop délicates à transporter. « Et, désormais, je connais les fermiers. Ce que je mets dans mon assiette est relié à quelqu’un, la nourriture n’est plus quelque chose que j’achète mécaniquement, sans réfléchir. » Dans l’aventure, elle a même réussi à perdre quelques kilos superflus. Cela vaut bien quelques indigestions de chou en hiver, non ?

Les « Locavores » sont parmi nous

Ils seraient 250 000, en France, à s’alimenter de la sorte, au rythme retrouvé des saisons. Membres de l’une des 1 000 Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (Amap) qui ont éclos dans l’Hexagone depuis sept ans. Rappelons le principe : constituer un groupe d’une vingtaine de voisins, trouver un maraîcher bio dans un rayon de 100 kilomètres, décider ensemble de la production et valider ce partenariat par un abonnement. L’agriculteur est ainsi assuré de son revenu et de l’écoulement de sa récolte. En contrepartie, il s’engage à livrer chaque semaine un panier de légumes variés (compter une douzaine d’euros) aux « amapiens », tenus, eux, de l’aider à la ferme-ne dites surtout pas exploitation !-une fois par saison. Les Amap font vivre quelque 1 600 producteurs et génèrent un chiffre d’affaires de 52 millions d’euros, si l’on en croit Daniel Vuillon, le maraîcher d’Ollioules qui a lancé le concept en France. L’idée a germé à la fin des années 60 au Japon, après que la pollution au mercure à Minamata eut entraîné une communauté de mères de famille à chercher des fermiers pouvant leur garantir une alimentation saine, avec lesquels elles instaurèrent un système de vente directe, teikei en japonais.

Aline Cochard

 

Une Réponse

  1. Pour ceux qui ne font pas partie d’une Amap ou qui n’arrivent pas à en constituer une avec leurs voisins, il existe aussi des services très biens qui permettent d’avoir des produits régionaux, issus de l’agriculture biologique ou non, dans leurs assiettes.
    Personnellement j’achète tous mes fruits et légumes à la société Primheures à Caudéran. Il me suffit de passer commande sur internet sur http://www.primheures.com et j’ai ma commande, soit livrée le jeudi chez moi, soit je vais la chercher le mercredi à l’entrepot à Caudéran. Les produits sont excellents, les prix aussi et tout vient de Gironde, Dordogne…
    A faire essayer au locavore bordelais qui sommeil en vous…
    Allez faire un tour sur le site

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