Les compagnies aériennes replongent dans le rouge

Le Figaro, Thierry Vigoureux, 08/09/2008

Les compagnies replongent dans le rouge.

La facture pétrolière va atteindre 186 milliards de dollars cette année. 2009 s’annonce déjà comme une année difficile. Vingt-six compagnies en faillite depuis le 1er janvier, alors que seulement huit sociétés, dont Swissair et le belge Sabena, avaient jeté l’éponge après les attentats du 11 septembre 2001. Des milliers d’emplois supprimés. Des lignes fermées. Un ralentissement de la croissance du trafic. 2008 sera une année noire.

Selon l’Association internationale du transport aérien (Iata), les compagnies, qui avaient réussi à renouer avec les bénéfices en 2007, devraient perdre 5,2 milliards de dollars cette année et 4,1 milliards de dollars l’année prochaine. Ces prévisions sont calculées avec un baril à 113 dollars en 2007 et à 110 dollars en 2009.

« La situation est morose, analyse Giovanni Bisignani, président d’Iata. Il ne s’agit pas d’une crise comme les autres. Le problème n’est pas seulement de stimuler la demande pour relancer la croissance mais de redéfinir notre modèle économique afin de s’adapter à un prix du carburant passé en sept ans de 13 % des coûts d’exploitation à 40 %. »

La flambée du prix du pétrole a touché de plein fouet le secteur. Le baril valait environ 107 dollars vendredi contre 73 dollars en 2007. À chaque fois que le prix du baril augmente d’un dollar, la facture s’alourdit de 1,6 milliard pour les compagnies. Cette année, elle atteindra le chiffre record de 186 milliards de dollars.

« La hausse rapide des carburants atteint cette fois les transporteurs du monde entier alors qu’au lendemain de septembre 2001, les trafics américain et trans­atlantique étaient plus concernés. En 2003, le SRAS a davantage touché l’Asie », observe Didier Bréchimier, consultant chez Roland Berger. Confrontées également à d’autres hausses (contrôle aérien, aéroport, sûreté, charges sociales, etc.), les compagnies doivent adopter des modèles économiques innovants pour redécoller.

Les compagnies les plus vulnérables sont les américaines. Les grandes et les petites. Alors que les asiatiques et les européennes devraient dégager 300 millions de dollars de bénéfices, les américaines devraient perdre 5 milliards de dollars cette année et 4 milliards de dollars en 2009, selon Iata. Tout juste sorties de la protection du Chapitre 11 sur les faillites après 2001, elles risquent d’y retourner. « Si le congrès n’agit pas rapidement, notre pays n’aura plus de transport aérien viable », a assuré le dirigeant américain d’Iata à la mi-juin.

Les appareils anciens consomment trop

Les American Airlines, Delta, United, Northwest, US Airways semblent engagées dans une spirale infernale avec des flottes d’avion qui affichent des âges canoniques : 13,7 ans pour United, 14 ans pour Delta, 15 ans pour American Airlines contre 9,1 ans pour Air France, 6,9 ans pour Singapore Airlines et 5,7 ans pour Emirates.

Les compagnies à bas coût et charter souffrent également. Dernière en date, la canadienne Zoom Airlines a laissé 65 000 passagers au sol fin août, en Europe et outre-Atlantique. Ses avions, huit Boeing 767, des appareils anciens en location, consommaient 25 % de carburant de plus que les Airbus A 330 exploités par Air France ou Air Transat sur les mêmes destinations. À raison de deux tonnes de kérosène de plus à l’heure et au prix actuel, le surcoût atteint rapidement 50 millions de dollars. Il ne reste plus qu’à jeter l’éponge.

Zoom Airlines est un cas d’école. Sa clientèle, des touristes, est très sensible au prix. Elle cherche une semaine de vacances, billet d’avion compris, à moins de 1 000 euros. Quand elle doit payer 200 euros de surcharge carburant pour un vol transatlantique, elle déserte les avions ou préfère les vols moyens courriers moins chers. D’une manière plus générale, les professionnels du tourisme s’attendent à ce que leur clientèle hivernale qui choisissait les Antilles, les Seychelles, les Maldives ou Saint-Domingue, se cantonne au bassin méditerranéen.

Contrairement à ses concurrents, Zoom Airlines, qui ne proposait pas de liaisons quotidiennes, n’attirait pas les passagers se déplaçant pour motif professionnel, les clients les plus rentables. Ces derniers peuvent payer 5 000 euros un siège en classe affaires alors que le voyageur en classe économique ne débourse que 400 euros. Chez Air France, un vol est largement rentable quand les 70 places en première et en affaires situées à l’avant d’un Boeing 777 sont vendues même si la classe économique est quasiment vide.

Des opportunités pour Air France-KLM, Lufthansa et British Airways

La crise va donc accélérer la concentration. En Europe, British Airways s’est rapproché d’Iberia. Air France-KLM pourrait participer au sauvetage d’Alitalia. Des compagnies moyennes et petites en difficulté peuvent susciter des convoitises grâce aux droits de trafic et aux créneaux qu’elles possèdent dans les aéroports. Swiss, rachetée en 2005 par l’allemand Lufthansa, a apporté dans la corbeille de mariage des dessertes exclusives intéressantes, notamment en Afrique.

L’Avion a également été repris par British Airways. La petite compagnie britannique BMI possède 12 % des créneaux de l’aéroport britannique de Heathrow. En s’en emparant, Lufthansa porterait une vive attaque contre British Airways.

Mais tous les transporteurs n’ont pas cette chance. Austrian Airlines, Olympic Airways, TAP Air Portugal, Aer Lingus, SAS, Finnair sont menacées faute de réseaux ou d’actifs séduisants.

 

 

 

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