l’OMS accuse

Le Monde diplimatique, Pierre Rimbert, mardi 2 septembre 2008

« L’injustice sociale tue »

Ce constat sans nuances n’émane pas d’une organisation marxiste orthodoxe, mais d’une étude détaillée sur les déterminants sociaux de la santé dans le monde. Rendu public par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le 28 août 2008, le rapport, intitulé « Combler le fossé en une génération » (1), synthétise les résultats de trois années de recherches.

Il relève qu’aux inégalités sanitaires entre pays s’ajoutent celles entre riches et pauvres d’un même pays. Par exemple, si l’espérance de vie à la naissance d’un garçon américain est supérieure de dix-sept années à celle d’un Indien, l’espérance de vie d’un nouveau-né écossais d’une banlieue déshéritée de Glasgow est de vingt-huit ans inférieure à celle d’un nourrisson mis au monde dans un quartier huppé de la même ville. « L’injustice sociale tue à grande échelle », notent les auteurs réunis au sein de la Commission des déterminants sociaux de la santé. Installée par l’OMS en 2005, celle-ci compte parmi ses membres des chercheurs en sciences sociales, des médecins, des personnalités politiques, etc (2).

Espérance de vie en bonne santé (2006)

Cet indicateur tient compte à la fois de l’espérance de vie (mesure composite de la mortalité) et d’une estimation des années passées en mauvaise santé, corrigées de la gravité de l’état de santé. Il est une mesure de la durée de la vie en parfaite santé, c’est-à-dire sans incapacité.

 « La répartition inégale des facteurs qui nuisent à la santé n’est en aucun cas un phénomène naturel, expliquent-ils. Elle résulte des effets conjugués de politiques et de programmes sociaux insuffisants, de modalités économiques injustes et de stratégies politiques mal pensées. » Réduire ces inégalités passe évidemment par un accès universel aux biens élémentaires (eau, nourriture, logement, soins, énergie), mais aussi par l’éducation, la culture, un urbanisme harmonieux et de bonnes conditions de travail. En outre, le fossé sanitaire ne se comblera « que si l’on améliore la vie des femmes, des jeunes filles et des filles », les pouvoirs publics devant s’engager plus fermement pour mettre fin aux discriminations qui frappent ces dernières.

Ce document de 256 pages se lit en creux [pour connaître la suite, c’est ici]

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