Le jour ou le Mexique fut privé de tortillas

Le Monde diplomatique, Mars 2008, Anne Vignat

Entré en vigueur il y a quatorze ans, l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena) a eu des effets dévastateurs sur l’agriculture du Mexique. Les productions américaines (subventionnées) ont inondé ce pays et ruiné des millions de petits paysans. Mais la situation va encore s’aggraver car, depuis le 1er janvier 2008, la libéralisation des échanges agricoles entre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique, déjà fort importante, est devenue totale. Pourtant, les trois pays ont décidé de poursuivre dans cette voie.

Premier janvier 2008, zéro heure. Sous une grande banderole Sin maíz no hay país (« Sans maïs, pas de pays »), des milliers d’agriculteurs mexicains forment une chaîne humaine à Ciudad Juárez, poste-frontière avec les Etats-Unis. C’est l’anniversaire de l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena) du 1er janvier 1994, entre le Canada, le Mexique et les Etats-Unis. Les paysans manifestent contre la libéralisation totale des échanges agricoles qui prend effet en ce début 2008. Désormais, le maïs, les haricots, le sucre et le lait en poudre, produits de base de l’alimentation des Mexicains, ne sont plus taxés à l’importation.

Dans plusieurs villes, on réclame la renégociation de l’Alena. Selon les organisations paysannes, le bilan de cet accord est sans appel : « Deux millions d’emplois agricoles perdus, deux millions d’hectares en jachère, et huit millions d’agriculteurs mexicains obligés d’émigrer aux Etats-Unis », résume M. Víctor Suárez, directeur de l’Association des entreprises commerciales rurales. Une réalité que la chercheuse américaine Laura Carlsen exprime ainsi : « Chaque heure, le Mexique importe pour 1,5 million de dollars de nourriture et, au cours de cette même heure, trente fermiers mexicains passent aux Etats-Unis (1). » Lire la suite

On a encore besoin de l’écologie politique !

 

Un texte de Paul-Marie Boulanger.

Si tout le monde se met à défendre l’environnement et le développement durable, quelle reste la spécificité de l’écologie politique ? S’agit-il de promotion de la sphère autonome évoquée par Philippe Van Parijs ? Mais quelles réalités recouvre-t-elle ? Un monde clos, en dehors du marché et de l’État ? Ou bien s’agit-il de redévelopper la capacité des êtres humains à façonner leur existence de manière collective en dehors des logiques bureaucratiques que partagent les formes centralisées du marché et de l’État ? La défense de l’environnement et de la sphère autonome apparaît alors comme les deux faces d’une même médaille, celle de la critique de la société industrielle. L’écologie politique n’est soluble ni dans l’environnementalisme, ni dans le progressisme et son ambition ne se limite pas à se ménager des îlots d’autonomie et de bien-être au sein d’une société envahie et façonnée par le marché et soumise aux seules rationalités hétéronomes du profit et du pouvoir. Elle reste indispensable pour effectuer la modernisation écologique dont tous les hommes raisonnables ont admis la nécessité et l’urgence.

Mais son projet ne s’arrête pas là. Alors que les forces politiques traditionnelles n’ont pas d’autre vision d’avenir que la continuation du même sur le mode du « toujours plus », de technologie, de production et de consommation, l’écologie politique propose une vision alternative qu’on peut trouver attractive ou répugnante, utopiste ou plausible mais dont on ne peut nier ni l’originalité, ni la consistance. 

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Périgord : coopérative d’habitants ou maison de retraite

Le Monde, 26 juillet 2008, Michel Labussière

Des femmes du Périgord préfèrent la coopérative d’habitants à la maison de retraite

Parce qu’elles refusent la maison de retraite, des femmes du Périgord, âgées de 55 à 80 ans, ont décidé de construire un lieu de vie autogéré, sous la forme d’une coopérative d’habitants. Le projet prend tournure depuis que la petite commune de Saint-Julien-de-Lampon (Dordogne) s’est dite prête à leur vendre un terrain de deux hectares pour une somme symbolique, et même de financer deux logements sur les quinze prévus.

L’association Lo Paratge (le partage, en occitan), composée de 16 personnes et préfigurant la coopérative en cours de constitution, travaille déjà sur les devis de deux cabinets d’architectes intéressés par ce projet alternatif.

« Notre but est de vieillir autrement. Nous ne voulons pas des maisons de retraite, à la fois pour des raisons économiques – ce sera de plus en plus cher – mais aussi pour être responsables de notre destin plutôt qu’être prisonnières de structures souvent infantilisantes ou contraignantes », résume la présidente, Cécile Dalrymple.

Les doyennes entendent que soit élaboré un habitat le plus écologique possible, Lire la suite

Automobile : un modèle économique à réinventer

Deux articles de Libération du lundi 28 juillet, l’éditorial et « Automobile : un modèle économique à reconstruire »

Editorial

Aux Etats-Unis, c’est depuis des lustres le symbole le plus visible du progrès social. La voiture, grosse de préférence, comme révélateur de son statut et de son niveau de vie. Et comme souvent, c’est de là-bas que sont venues les premières inquiétudes.

Une industrie en crise, contrainte à des licenciements massifs. Des marchés qui rétrécissent et ne savent pas encore bien quoi faire face au prix exponentiel du pétrole et aux craintes sur les émissions de CO2. Le monde de l’automobile est en pleine révolution et va subir des changements radicaux, tant dans ses usages que dans ses pratiques.

Tel est le premier thème cet été de notre série «changement d’ère», destinée à décrypter les tendances à venir. L’année dernière, nous avions identifié la pipolisation de la politique, le débat sur le nucléaire civil ou encore le thème de l’identité nationale comme phénomènes émergents. Plutôt avec justesse, il faut bien le reconnaître. Le rôle de l’automobile dans la société de demain, nous en sommes convaincus, sera l’une des grandes questions planétaires. L’avenir est-il dans les voitures hybrides, électriques ou encore dans le marché des low-cost ? Toutes ses options sont sur la table, avec des professionnels du secteur et des usagers qui s’interrogent. Cet été, les Français les premiers ont changé leurs habitudes et ont moins sollicité leurs véhicules du fait d’un pouvoir d’achat en berne. Quant aux Américains, pour la première fois en plus d’un siècle d’automobile, ils seraient soudain prêts à réduire considérablement la taille de leur monture. Un signe, s’il en est, de la révolution en marche.

Automobile : un modèle à reconstruire

«Anne, ma sœur Anne, qu’est ce que tu vois venir pour demain ?

– Une grosse crise.

– Et pour après demain?

– Une révolution.» Lire la suite

Pétrole : 25 compagnies aériennes en faillite depuis 6 mois

Le Monde, François Bostnavaron, le 27 juillet 2008

TRANSPORT AÉRIEN Plus de 100 000 emplois pourraient être supprimés dans le monde d’ici à la fin de l’année.

Ce ne sont pas des turbulences, ce n’est pas un trou d’air : le transport aérien traverse une crise majeure. Il ne se passe plus une journée sans qu’une compagnie, quelle que soit sa taille ou sa nationalité, n’annonce une importante réduction de voilure. Toutes taillent dans leurs flottes, leurs réseaux ou leurs effectifs, quand ce ne sont pas les trois à la fois.

Mardi 22 juillet, United Airlines, la deuxième compagnie américaine, a dévoilé de considérables mesures d’économies en annonçant ses résultats semestriels. Elle va supprimer 5 500 emplois. Cela porte au total à 7 000 les départs prévus d’ici à la fin de 2009. Elle met également au rebut la totalité de sa flotte de Boeing 737, soit cent avions, et quatre Boeing 747. Vont s’ajouter à ces mesures, une réduction drastique des investissements, et de nouvelles facturations dont celles des bagages enregistrés.

La crise que traverse aujourd’hui le transport aérien, touché de plein fouet par l’envolée du coût du pétrole et la difficulté de le répercuter sur les clients, est pire que celle ayant suivi les attentats du 11 septembre 2001. Selon l’Association du transport aérien international (IATA), vingt-cinq compagnies ont mis la clé sous la porte depuis le début de l’année. Lire la suite

Préparation de la semaine de la réduction des déchets

Le séminaire de préparation de la Semaine de la Réduction des Déchets 2008 (SRD) est annoncé les 5 et 6 septembre.  (coupon d’inscription).

Sont invitées, toutes les personnes intéressées par la réduction des déchets pour échanger sur leurs pratiques et découvrir les animations qui seront ou qui pourront être mises en place pendant la SRD 2008. Lire la suite

Moscou veut garder le contrôle du pétrole et du gaz

Le Monde, Jean-Michel Bezat, le 26 août 08

Moscou veut garder le contrôle du pétrole et du gaz d’Asie centrale

La guerre qui a opposé Moscou et Tbilissi du 8 au 12 août n’avait pas d’enjeu énergétique direct, mais elle avait une forte odeur de pétrole et de gaz. Tout ce qui déstabilise la Géorgie, étape importante sur la route de transit du pétrole et du gaz de la Caspienne vers l’Europe est bon pour les Russes. L’enjeu va bien au-delà de ce petit pays : Américains et Européens cherchent à contourner la Russie et l’Iran en ouvrant de nouvelles voies d’acheminement – gages, selon eux, d’une plus grande sécurité énergétique ; Moscou entend au contraire garder ou reprendre le contrôle des exportations du gaz et du pétrole de Russie, mais aussi des ex-républiques soviétiques d’Asie centrale (Azerbaïdjan, Kazakhstan, Turkménistan) à travers des alliances d’Etat à Etat et les réseaux de pipelines des groupes publics Gazprom et Transneft.

Durant le conflit, la Russie semble avoir tout fait pour compromettre ce rôle de pays de transit, notamment en s’en prenant aux ports géorgiens de la Mer noire. Ses bombes et ses obus ne sont pas tombés loin de l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) reliant la Caspienne à la Méditerranée en traversant le territoire géorgien. Il n’en a pas fallu plus pour montrer que les « tuyaux » évitant la Russie sont à portée des canons russes et que ressurgisse le spectre d’une menace sur l’approvisionnement de l’Europe. Lire la suite