MORTALITÉ DES HUÎTRES. Les produits chimiques utilisés par l’agriculture pourraient jouer un rôle dans la crise
Sud-Ouest édition Charente-Maritime, Philippe Belhache, le 1er septembre 2008,
La thèse des pesticides
Herbicides, pesticides, fongicides… Autant de produits phytosanitaires dont les effets sur le naissain n’ont jamais été étudiés. En évoquant le passage de ces composés en Seudre par lessivage des terrains en amont, à la faveur d’orages et de pluies abondantes, le président d’AProMarais Michel Bertin a ouvert une brèche (notre édition de mercredi). L’action, même indirecte, de ces produits sur le développement de l’huître, est désormais sérieusement envisagée par les chercheurs d’Ifremer. La question de la qualité des eaux se pose de manière de plus en plus cruciale pour une profession ostréicole confrontée à la surmortalité du naissain et des jeunes huîtres.
La profession reste particulièrement vulnérable aux événements en amont sur la Seudre, dont elle est ultime usager. « Nous nous sommes battus sur le thème de l’eau douce, explique Michel Bertin, mais l’eau douce ne nous amène pas que de bonnes choses. » S’il semble en effet admis d’attribuer la mortalité du naissain à l’action d’un virus, l’OHS V1, de nombreuses questions restent en suspend. Pourquoi ici et maintenant ?
Fragilisation. « Il n’y a pas de génération spontanée, souligne Jean Proux, chef de station d’Ifremer, laboratoire implanté à La Tremblade. L’OHS V1 ne débarque pas de nulle part. C’est un agent pathogène connu, qui coexiste avec l’huître depuis longtemps. Ce qui peut expliquer la situation actuelle, c’est une plus grande vulnérabilité des jeunes huîtres. Plusieurs facteurs ont pu contribuer à les fragiliser. »
Ces facteurs ? « La météorologie, la chaleur, les précipitations… Mais il est possible que des agents extérieurs aient joué un rôle. » De nombreuses substances peuvent en effet se retrouver dans le milieu naturel via de rejets d’eaux pluviales, des rejets industriels ou même les fameux produits phytosanitaires. « Par lessivage, des herbicides peuvent ainsi se retrouver mêlés à l’eau douce. Le phytoplancton dont se nourrissent les huîtres n’est rien d’autre que des plantes. Si on tue le phytoplancton, les huîtres s’en trouvent fragilisées. »
Et après ? Autant d’hypothèses qui demandent aujourd’hui à être scientifiquement validées. Mais qui ne contribuent pas à tranquilliser les ostréiculteurs, lesquels s’interrogent sur la pérennité de leurs exploitations, voire même de la profession. Si toute assurance a été donnée pour la consommation des huîtres commercialisées (lire ci-contre), rien ne garantit en effet que les phénomènes de mortalité ne se renouvellent pas dans les prochaines années, à la faveur de modifications de climat.
Un dossier sur lequel les chercheurs d’Ifremer sont pleinement investis. Le secrétaire général de la préfecture Patrick Dalennes et le directeur régional des affaires maritimes Gilles Servanton, ont réaffirmé le plein engagement des services de l’État pour le maintien de l’activité ostréicole dans le bassin de la Seudre. « Nous devons trouver les moyens de faire face. Et ce, durablement. »
Cadmium. L’activité ostréicole n’en reste pas moins à la merci de changements brusques de l’écosystème. Ce qu’a bien saisi le député-maire de Royan Didier Quentin, lequel ne manque jamais de mettre en avant le fragile équilibre du milieu naturel dans ses diatribes contre le projet d’implantation d’un terminal méthanier sur la pointe du Verdon, en Gironde. « Si on laisse rentrer des navires méthaniers dans l’estuaire, aime-t-il à répéter, il y aura forcément un brassage des fonds. De là, il faut s’attendre à voir remonter les métaux lourds (1) contenus dans les vases de l’estuaire. Et ainsi à voir remonter le taux de cadmium dans les huîtres. »
(1) La présence de cadmium dans l’estuaire résulte d’une pollution ancienne liée à l’exploitation du zinc dans la région de Decazeville, dans l’Aveyron
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